Vendredi 29 mai 2009


Un hiver avec Baudelaire, Harold Cobert.
Editions Héloise d'Ormesson, Mai 2009.

Ce roman nous mène sur les pas d’un homme, Philippe, dont la vie va basculer du jour au lendemain. Divorce, perte de logement  et d’emploi, séparation d’avec sa petite fille chérie, celui qui avait apparemment tout pour être heureux, se retrouve brusquement dans le dénuement le plus complet, à la rue. Comment survivre lorsque l’on a tout perdu ? Avec quels moyens ? Pour quoi ? Pour qui… sinon pour l’amour de sa petite princesse, la chair de sa chair, sa fille qu'il n'a plus le droit de voir.

Dans un style vif et sobre, avec une sensibilité et une poésie à fleur de plume, Harold Cobert nous embarque avec une criante vérité au cœur de la vie de ces SDF, de leur quotidien, de leurs galères, des aberrations de l’administration à leur endroit. Il nous interpelle sur l’attitude de la société face à eux, sur ce regard qu’elle leur porte : mépris, rejet ,ou pire : transparence. Une transparence qui les tue plus assurément que la faim et le froid en écho à ces mots de Paul Eluard " rendez-moi visible, je ne veux pas mourir en moi !". Avec une plume alerte, il leur redonne chair, consistance, porte sur eux un regard juste, humain, bouleversant... Et cet éclairage mis sur cette dure vérité sociale des exclus de nous rappeler si besoin était, que nous sommes tous des funambules de la vie, dans un équilibre ô combien relatif et fragile. Philippe peut être vous, moi, un proche, demain ou après-demain. Nul n’est à l’abri de perdre son petit confort de vie.

Et pourtant. Pourtant, si le thème abordé est  douloureux, à aucun moment l’auteur ne sombre dans le pathos. Alors certes, on pleure beaucoup et j’ai beaucoup pleuré, oui. Mais ce récit d’une authenticité aussi vibrante que belle n’inspire pas de pitié à l’endroit de Philippe, son personnage : il suscite en nous une ineffable empathie, un attachement viscéral, une immense admiration. Car ce magnifique livre est une leçon de courage, de lutte, d’espoir, de rencontres salutaires improbables comme celle de ce chien errant Baudelaire. Un chemin de nuit parsemé d’étoiles plus lumineuses les unes que les autres, jusqu’à ce que l’aurore renaisse.

 

Alors, merci, merci Harold Cobert pour ce bijou de pure émotion offert dans un écrin de Talent avec un grand T !

 

A lire, à relire, à offrir, à méditer… 

Par Koryfée - Publié dans : Koryfan de ...
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Samedi 23 mai 2009


Le coeur d'une autre, Tatiana de Rosnay.
Le Livre de Poche, Juin 2009


Tatiana de Rosnay a l'art de se renouveler et de surprendre dans chacun de ses écrits.
'Le Coeur d'une autre' bat aussi désormais en moi depuis sa lecture et tambourinera certainement en vous qui le lirez.
 Bruce, un homme plutôt antipathique, une sorte d'ours mal léché, va devoir subir une greffe. L'homme sans coeur va devenir un homme de coeur et nous emporter sur les traces de celle qui lui a fait ce don, Constance. Un portrait bouleversant de la donneuse, mais aussi des liens privilégiés qui vont s'établir entre elle et le receveur, que l'auteur nous fait découvrir touche par touche, comme sur une toile de Seurat. La plume de l'auteur se fait pinceau, les pages du livre se font toile et l'on découvre tout ce qui composait l'univers de Constance, ses passions, ses amours, ses secrets. Reste-t-on soit avec le coeur d'une autre, ou devient-on un autre voire l'Autre ? La greffe offre-t-elle une vie sursitaire ou bien davantage, à savoir une renaissance, une véritable naissance ?
'Le Coeur d'une autre', à n'en point douter, bat du souffle du talent.
Par Koryfée
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Vendredi 1 mai 2009




Boomerang, de Tatiana de Rosnay.
Editions Héloïse d'Ormesson. Avril 2009.



En pèlerinage sur les terres de leur enfance, sa sœur s’apprête à lui révéler un secret quand c’est …l’accident.

Crash. Clash. Flash.

La voiture quitte la route.

Mélanie est grièvement blessée.

Ses souvenirs réveillés non exprimés : «  la nuit dernière, je me suis souvenue de quelque chose, c’est à propos de… ». De quoi ???

Dans les couloirs de l’hôpital, en proie à une angoisse paroxystique tandis que sa sœur lutte entre la vie et la mort, Antoine se retrouve face à lui-même et dresse le bilan de son existence. Un constat amer, la mort rodant partout, tel un vautour avide de proies : Clarisse, sa mère, décédée dans des circonstances mystérieuses 33 ans plus tôt, la mort de son couple, l’agonie de l’estime qu’il se porte et de l’intérêt  qu’il trouve à son travail, et, ajouté à cela, un père acariâtre et des tendres têtes blondes devenues des ados ingérables. Antoine se sent perdu, vidé, éteint.

Seule une question térébrante l’anime : quelle révélation sa sœur s’apprêtait-elle à lui faire ?

Dans ce roman écrit avec une extraordinaire fluidité, un style vif et dépouillé, Tatiana de Rosnay met en exergue avec brio l’impact des secrets de famille et des non-dits sur les proches. Comment un arbuste peut-il devenir un arbre de haute frondaison si ses racines sont fragiles car ancrées dans une terre aride de souvenirs, d’explications ? Comment faire de ce terrain stérile un terreau fertile, propre à l’épanouissement, à la renaissance ? Antoine est conscient qu’il ne pourra se reconstruire sans consolider ses fondations. Reste à trouver la force d’affronter ce secret familial. Cette force inespérée lui viendra d’une femme très sexy, sensuelle, incarnation d’Eros et de Thanatos, une bikeuse quadra dont un secret d’enfance à jamais scellé a décidé du choix de carrière : la belle Angèle, thanatopratrice. Celle dont embellir le visage de la mort est le quotidien va par sa présence et son amour renvoyer le boomerang de la vie à cet homme. Parce qu’il se sent exister dans son regard, il va se sentir exister tout court.

Mené à tombeau ouvert, telle la Harley d’Angèle lancée sur le passage du Gois à la marée montante, ce roman poignant, haletant, mêle avec dextérité suspens, amour, humour. On s’emballe, on pleure, on rit, on se fond dans les pages, on se coule dans l’encre, emportés par les tourbillons du talent.

 

 ‘ Boum, quand notre cœur fait boum, tout avec lui dit boum et c’est la vie qui s’éveille’. Boum, boum, boomerang ! Une déflagration d’émotions.

 

Citation p 349 : « Chaque mot qui sort est comme une naissance, quand la fraîcheur de l’air vient frapper le corps nu et fragile de l’être expulsé du ventre de sa mère. » Ou quand les mots pansent les maux…


Et voici le premier des 4 clips, réalisé par Jean-Christophe Hadamar de "Boomerang" !  http://www.youtube.com/watch?v=J7o7uipW20o
Par Koryfée
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Mardi 4 novembre 2008

 

  La Cuisine d' Amelie - 80 Recettes de Derrière les Fagots
     

La cuisine d'Amélie, par Juliette Nothomb
Editions Albin Michel
A paraître le 5 novembre 2008

    On connaissait sa soeur. On découvre en-faim Juliette , laquelle conjugue tous les talents et nous le prouve avec son délicieux livre de recettes " La cuisine d'Amélie" ou "80 recettes de derrière les fagots".

    Ne vous méprenez pas : il ne s'agit pas d'un énième livre de cuisine comme il en sort des fours....euh des presses des maisons d'édition tous les jours.  Non, ce serait mal connaître Juliette Nothomb dont les prouesses culinaires rivalisent avec celles de sa plume, son irrésistible humour, son imaginaire sans bornes, sa contagieuse pétillance et  son ineffable générosité. "Ecrire est un acte d'amour. S 'il ne l'est pas, il n'est qu'écriture." disait Aragon.  Et quand Juliette écrit " C'est un poncif comme on en fait peu mais c'est vrai : la cuisine est une affaire de coeur. Tout cuisinier aspire à dédier ses oeuvres à la ou aux personnes aimées, et ce d'autant plus si celles-ci sont à la source de son inspiration culinaire", alors on en conclut que l'écriture et la cuisine sont les deux talentueux ingrédients mis ici au service de la recette ô combien délicate et belle de l'amour.

    Des recettes essentiellement sucrées, toutes inédites, révélatrices (aussi) des dons onomastiques de l'auteur :  Le Mont Fuji, Le  blasphème,  Le signal de Botrange, Les profiteroles de Bernadette Bernardin pour ne citer que ces alléchants exemples. Mais aussi des astuces aussi drôles qu'utiles, comme la lutte contre le chomage des blancs d'oeufs, le secteur culinaire ayant tendance à n'embaucher que les jaunes. Ou encore, comment retrouver la sérénité, grâce à l'envoi sur le grill des idées reçues telle : " Votre mayonnaise ne tournera pas si vous changez de sens giratoire ne la fouettant !"  A bon entendeur...

    Extrait où Juliette nous fait part d'une de ses révélations : la réalisation d'un millefeuille dont l'architecture permet une dégustation sans perdre sa dignité.   " Jugez donc : soit vous optez pour la dégustation dite "civilisée" avec couteau et fourchette mais cela a pour fâcheuse conséquence de démolir sauvageusement la vertigineuse superposition des 3 couches de feuilletage, écrasant celle-ci tout en expulsant sans délicatesse la crême pâtissière de sous sa fragile toiture. Un carnage sans nom dans votre asssiette ! Ou alors, faisant courageusement fi du qu'en-dira-t-on, vous optez pour la dégustation avec les doigts... à condition d'ouvrir une bouche grande comme le hangar d'un Airbus A 380 avec pour conséquence de vous en mettre partout. Délicieux, rigolo, mais impensable en société. J'ai donc pour ambition de vous proposer ci-dessous un dessert qui réunit maintes qualités fort appréciables :  d'une qualité fort déconcertante à réaliser, peu cher, délicieux et même, croyez-le ou non, élégant ! Et surtout, un délice qui n'exigera pas l'utilisation d'une serpillère pour torcher son dégustateur post coitum ! " ...Comment ? Vous pensiez que j'allais vous livrer le secret architectural de Juliette ? Que nenni, allez vite vous plonger dans ses feuilles pour découvrir entre autres son délectable Millefeuille !

            Un livre à dévorer des pupilles et des papilles !!!

 Juliette Nothomb

                                                                                           


                                                                            Koryfée-gourmande et gourmet

Par Koryfée
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Lundi 3 novembre 2008


La cuisine d'Amélie, par Juliette Nothomb
Editions Albin Michel Novembre 2008



  Tout beau, tout chaud, voici à peine sorti des fourneaux  le craquant, croquant et savoureux livre de recettes de la douce fée Juliette Nothomb. Je vous en parlerai plus longuement tout bientôt , car après vous avoir mis l'eau à la bouche, je vous abandonne lâchement pour continuer à dévorer - sans modération il va sans dire - ce gourmand ouvrage !

                                   Koryfée
Par Koryfée
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Lundi 19 mai 2008
 



La mémoire des murs, de Tatiana de Rosnay
Editions Héloise d'Ormesson, mai 2008



On savait que les murs avaient des oreilles. Avec ce roman, on découvre qu’ils parlent aussi...
De fait, ces murs m'ont parlé, envoûtée, happée. Car les lieux ont une âme et un langage pour qui sait les écouter. C’est ce que va constater Pascaline, l'héroïne du récit, tandis qu'après son divorce elle s'installe dans ce nouveau logement. Un malaise la gagne, à croire qu'en ces lieux se sont déroulés des évènements tragiques dont l'empreinte est présente partout. Et d'investiguer. Et de percer le secret de ces lieux, d'entendre le murmure des murs. Or ce qu’ils lui susurrent va raviver en elle des blessures jamais cicatrisées, la conduire aux frontières de la folie.
           Quelle est donc cette douleur qui la hante ? Comment parviendra t-elle à l'apaiser ? Y parviendra t-elle seulement ?
Tatiana de Rosnay nous montre qu'il est impossible de faire l'économie d'un deuil, que toutes les blessures et les rancoeurs refoulées resurgissent un jour et nous obligent à les affronter.
 
Un roman qui mêle avec dextérité suspens psychologique et émotion à fleur de plume. On s'y engouffre au pas de course, la poitrine transformée en ring de boxe par les battements saccadés de notre coeur, des vagues d'émotion menaçant de rompre la digue de nos yeux.
Un livre captivant, poignant, qui se lit d'une seule traite et marque notre mémoire, à l'image de celle des murs...


           A l'occasion de la parution de ce roman,  une proposition merveilleuse m'a été faite : participer au tournage de deux vidéos de promotion du livre. Folle d'enthousiasme, j'acceptai aussitôt. Je quittai kimono et obi, baguettes et ballerines de soie et me glissai dans la peau de Pascaline, l'héroïne du roman. Une expérience de tournage inédite, amusante et exaltante . Une aventure humaine ineffablement riche. Merci à Tatiana, Jean-Christophe et Guy qui me permirent de la vivre..
           Vous pouvez visionner lesdits clips en cliquant sur ce lien : http://www.dailymotion.com/video/x5h6oj_la-memoire-des-murs-1-le-manuscrit_creation et http://www.dailymotion.com/related/9199891/video/x5h6s1_la-memoire-des-murs-2-le-message-se_creation

Tatiana de Rosnay, Jean-Christophe Hadamar et Koryfée :) Guy Jacquemelle est derrière l'objectif !



                           Signé : Koryfée-son-coming-out !

Par Koryfée
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Lundi 28 avril 2008




La sandale rouge, Guy Jacquemelle.
Editions Ramsay, avril 2008.


             Période estivale approchant, j'ai cherché une paire de sandales chaussant mon enthousiasme. Et de trouver en La sandale rouge, premier roman de Guy Jacquemelle, la pointure du talent. Un talent avec un grand T.

Dès les premières pages, j’ai été happée par l’histoire et ai emboîté le pas à sa sandale, une sandale mêlant dans une construction parfaite et un style d'une grande fluidité, intrigues journalistiques et romance sentimentale. Une tension permanente, un rythme soutenu du début à la fin qui ne nous laisse guère le loisir de souffler.

Jeanne veut devenir journaliste et exulte en décrochant un CDD dans un journal parisien. Le paradis ? Un mirage seulement... Guy Jacquemelle dresse sur le milieu de la presse écrite un constat lucide où s’affronte d’un côté Jeanne, jeune journaliste passionnée, pugnace, d’une intégrité sans faille, animée d’une certaine candeur, et un sérail où règnent l’ambition et son cortège de rivalités intestines, où l’information n’est pas toujours au service de la vérité mais de la quête de la notoriété et de l’évitement de tout remous, où les relations sont biaisées (chacun n’étant qu’un faire-valoir pour l’autre et ne devant en aucun cas lui faire de l’ombre.) Les aspirations nobles de Jeanne «  ce qui fait la beauté de ce métier, c’est cette chance que l’on a de chercher la vérité et de donner au lecteur des moyens de s’informer, de se forger sa propre opinion. Etre au service de l’information, la vérifier sans cesse, être toujours en éveil, ne pas se laisser abuser par les écrans de fumée, ne pas renoncer… », ces nobles aspirations, donc, se heurtent très vite aux désillusions de la réalité. Malgré les pressions, les menaces,  parviendra t-elle à garder sa ligne de conduite, à mener son travail de journaliste tel qu’elle le conçoit et non tel qu’on veut l’y enjoindre, ou calquera t-elle ses pas sur ceux de la résignation ? 

           Les détails qui émaillent le roman, tant au niveau du cadre que des personnages et de leurs échanges, nous conduisent à nous mettre non plus en position de lecteur mais de témoin, catapultés au cœur d’une rédaction, suivant en parallèle avec frisson les rebondissements de l'histoire d'amour de ladite journaliste.
Autrement dit, bien davantage qu’on ne le lit, on VIT ce roman.
On chausse la sandale.
Jeanne nous devient familière, une femme d'une fragilité forte très attachante, viscéralement humaine. Même chose pour la pétillante Betty, l’émouvant Luc, Laurent et les autres personnages, nombreux, qui peuplent cette histoire. On referme le livre avec le sentiment de connaître ces gens, de pouvoir les visualiser, les entendre, voire, qui sait, les croiser dans la rue tant ils sont vivants, tant l'auteur a su leur donner de la chair. Plus fascinant encore, on se fond à ce point dans les pages qu'on oublie que c’est un récit et non le réel  mais aussi que c’est un homme qui tient la plume et se glisse avec une aisance remarquable dans la peau de Jeanne. Pas un seul instant on ne doute que les réactions de la narratrice, ses réflexions, ses propos sont dictés par  la plume d’un auteur masculin. Sidérant.

 

 

Un récit captivant,  haletant, dans lequel on s’engouffre à un rythme effréné en quête de la vérité sur ces enquêtes journalistiques, sur l’issue de cette histoire d’amour. Guy Jacquemelle nous distille avec talent des indices, pas à pas, dans le sillage de sa sandale rouge, en révélant ni trop, ni trop peu, juste suffisamment pour attiser et maintenir vivace le désir du lecteur  de connaître la suite, de désirer suivre ses empreintes. Et de nous surprendre en nous emmenant là où on ne s’y attendait pas, en nous écartant des pistes que nous avions ébauchées. Un suspens hitchcockien.

                   La sandale rouge saura chausser votre enthousiasme, courrez l'acheter ! Une très grande pointure à laquelle vous ne pourrez qu'emboîter le pas.  Et sur votre chemin, arrêtez-vous sur le blog que l'auteur a consacré au roman : http://lasandalerouge.blogspot.com/   

Et de  battre la semelle en attendant le deuxième roman de Guy Jacquemelle (Koryfée-de-la-prose-à-son-insu ;-)
                                       
          

                                                                                Koryfée






 

 

Par Koryfée
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Mercredi 19 décembre 2007

 

Hiroaki-Takahashi.jpg

 

 

Et puis s'en va, quelques jours, quelques semaines, l'avenir le dira...
Bonnes lectures à tous !

Par Koryfée
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Samedi 27 octobre 2007

 

1111.jpg


   

Existe en ciel, de Christine Spadaccini.
Editions MicMac, octobre 2007.
www.editions-micmac.com
           

           Christine Spadaccini. Un être d’exception, de ces êtres, rares, qui vous redonnent foi en l'être humain. Dire d'elle qu'elle est un écrivain de talent serait bien réducteur : la palette de ses compétences est infinie et comporte tant de gammes ! Ecrivain, poète, photographe, maquettiste (elle est l'auteur de cette magnifique  couverture d'Existe-en-ciel), musicienne, pour ne citer que ces domaines où dans chacun elle excelle, Christine Spadaccini est une artiste à part entière. Une artiste au sens noble du terme.

           D'une étincelle de bonheur elle fait un brasier. D'une larme, elle fait  un fleuve d'encre dans lequel elle noie les chagrins. D'une glaise-réalité difficile, elle modèle au couteau de sa plume une sublime sculpture. Un coeur éponge qui se gorge de la moindre émotion, mais jamais sur son sort ne s'apitoie, qui telle une balle toujours rebondit… et le nôtre emballe. Une fragilité forte. Une écorchée vive.
           Son style ? A son image : unique. Elle l’évoque dans « Terminaisons nerveuses », une des 13 nouvelles de ce sublime recueil : « Je préfère jongler avec les mots, sucer leur suc sémantique, les enchanter, bousiller leur sens, les détourner, les réinventer, les repêcher, fondus et faibles, sous le feu tragique des réalités, les caparaçonner d’histoires et de poésie, les mélanger, chercher la phrase, la bonne formule, jouer à « l’alchimot . (…) J’écris. Je crie. Je crée. Je marche dans la forêt des mots, j’y trace des sentiers je m’y enfonce, je m’y perds, j’y joue, j’y jouis. Et je rencontre d’autres personnes. Aucune ne me lit pareil, rien ne me lie à elles mais, soudain, parfois on se sent proches. » Oui, comme je me suis sentie proche de l’auteur et des protagonistes à la lecture de ces nouvelles bouleversantes, bouillonnantes, vibrantes ! Christine Spadaccini n’a pas son pareil pour créer un degré d'intimité rare entre le lecteur et les personnages, pour faire jaillir le grain d'universalité contenu dans ces blessures, ces sentiments que l’on croyait pourtant uniques car si intimes. Les amours déçus « Je ne t’aime plus », « Furieuse », « Pigalle et la fourmi », «  Miroir mon beau miroir… » l’indifférence, la cupidité et les désillusions sur la nature profonde des êtres « Pas le temps ! », « Lina et la vieille porte de bois », « Sylvie s’en va en guère », les tragédies de l’existence « A star is borgne », « Concerto pour la mineure », « Le rat de Laura », « un K-Way nommé désir », « Existe en ciel » l’auteur dresse à travers ces thèmes un constat lucide, amer mais jamais aigri sur l’être humain.
 
Je me suis engouffrée dans le sillage de ses mots, le cœur battant au rythme des pages, des embruns dans les yeux, des étincelles dans les prunelles, un arc-en-ciel sur l'âme. A ses personnages, funambules de la vie, j'ai d'emblée tendu mon ombrelle, désireuse de les aider à garder l'éqiilibre, les aimant au premier battement de cil, au premier battement de coeur, me reconnaissant en eux parfois... souvent même...
 
Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai dévoré.
 Je ne l’ai pas aimé, je l’ai adoré. 
Alors j’ai envie de remercier Christine Spadaccini, oui. Lui dire merci pour cet écrin d’émotion dans toutes ses acceptions qu’est "Existe-en-ciel" , pour ces joyaux que sont ces nouvelles, bijoux de sensibilité, de poésie, dont je me sens riche d’avoir l’âme désormais parée.
N’attendez pas. N’attendez plus. Jetez-vous sur ce recueil, lisez-le, relisez-le, offrez-le  ! Vous déclencherez ainsi une véritable pandémie de bonheur et d’émerveillement.

           Il "existe en ciel" un livre magnifique. Il existe sur terre un auteur d'un talent rare : Christine Spadaccini.


 
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Dimanche 23 septembre 2007

 

A-l-abri-de-rien.gif

 

 

A l’abri de rien , de Olivier Adam
Editions de l’Olivier, août 2007.
 
« Comment ça a commencé ? Comme ça je suppose : moi, seule dans la cuisine, le nez collé à la fenêtre où il n’y a rien. » Ainsi commence le monologue de Marie, l’héroïne de ce brillant roman. Marie est une funambule de la vie, un être à fleur de peau tenant en équilibre précaire grâce à l’ombrelle que constituent son mari et ses deux jeunes enfants. Une vie déprimante dans un quartier pavillonnaire comme il en existe tant, où il ne se passe rien. Jusqu’au jour où, ayant crevé en chemin, un réfugié  kosovar vient à son secours. Choc de la rencontre. Confrontée à une souffrance sans aucune commune mesure avec la sienne, elle réalise qu’à deux pas de chez elle, ils sont des centaines comme lui dont nul ne se soucie du sort, perclus de faim, de froid, traqués, errant dans l’espoir de pouvoir rejoindre clandestinement l’Angleterre. Des êtres dans le dénuement le plus total auxquels jusqu’alors, elle n’avait pas prêté attention. La vie de Marie bascule. Cette prise de conscience violente rompt son fragile équilibre et la conduit à abandonner mari et enfants pour épouser la cause de ces réfugiés, laquelle donne enfin du sens à sa vie. Et de leur offrir de son temps, de son argent, de son soutien, de s’engager totalement…au risque de se laisser dépasser… et de se perdre.
La violence que la société inflige aux plus faibles, en l’occurrence ici les réfugiés de Sangatte, fait de ce livre un récit très engagé, montrant la volonté de l’auteur de prêter parole aux sans-voix, de dénoncer l’aberration qu’il y a pour ces clandestins et sans-abri à se retrouver « coincés dans cette ville parce qu’on les empêche d’aller ailleurs, traqués et harcelés avec une violence injustifiable parce qu’ils y restent »... Cette inhumanité qui frappe les plus démunis est l’affaire de chacun nous rappelle t-il. Ou comment faire l’expérience du don et de la compassion.
Olivier Adam n’a pas son pareil pour explorer les failles des êtres, opérer avec une justesse chirurgicale à la mise à nu des sentiments, des émotions. Avec un style parfaitement maîtrisé, fluide, rythmé, tendu, il nous happe et nous catapulte au cœur du récit dès la première phrase. Un roman dense, imagé, qui se lit au rythme d’une course, le cœur serré.
Je vous le conseille ardemment.  Un uppercut en plein coeur.
 
 
Ce roman présélectionné pour plusieurs prix dont le Goncourt, vient de se voir décerner le prix du « Premier Prix », récemment créé pour récompenser en avant-première un roman de la rentrée. 

                                                                                                                                 Koryfée
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