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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 19:10

lardoisemagique.jpg

L'ardoise magique, Valérie Tong Cuong
Editions Stock, mars 2010

« Ce qui ne va pas, c’est que je n’ai pas sauté.

Ce qui ne va pas, c’est qu’elle, elle a sauté. » Voilà cette pensée térébrante qui hante Mina, tandis qu’elle a rompu le pacte scellé avec sa meilleure amie, Alice : se suicider ensemble en se jetant sous un train. A la dernière seconde, elle n'a pas pu...

Mina, adolescente complexée, repliée sur elle-même, transparente dans le regard des autres et surtout dans le sien. Mina, de père inconnu, de mère décédée rongée par l’alcool, élevée par des proches qui voient en elle un fardeau. Mina au passé très lourd, absente à son présent, à l’avenir bouché. Mina, qui se sent encore plus mina-ble désormais.

Tandis qu’Alice… Alice, son double inversé, avait en apparence tout pour être heureuse. Solaire, spirituelle, belle, intelligente, érudite, élevée dans l’aisance matérielle. Alice à qui il ne manquait rien…en apparence.

Alors pourquoi, pourquoi Alice a-t-elle pris cette décision et l’a-t-elle suivie jusqu’au bout ? Car si Mina l’a rejointe dans ce désir de mettre fin à ses jours, elle réalise l’avoir fait sans jamais comprendre les motifs de son amie. Pourquoi Alice, vivant « au pays des merveilles », éprouvait-elle ce désenchantement ? L’image inversée d’elle-même qu’elle lui offrait dans le miroir de leur ineffable amitié était-elle un faux-semblant ? Ce miroir reflétait-il ce que Mina voulait voir et non ce qui était vraiment ? Car qui était Alice réellement, profondément, au plus secret de son cœur et de son âme ? Ce reflet d’un être à qui la vie sourit n’était-il qu’une projection d’un idéal fantasmé ? Etait-ce un miroir sans tain, lequel se laisse regarder mais empêche de voir au-delà de lui ? Là se trouve la clef du mystère qu’il appartient à Mina de percer. Car en perdant Alice, elle a perdu l’Amie par excellence, celle qui comprend tout au premier regard, celle qui vous donne plus de confiance que vous n’en avez en vous-même, celle qui répond toujours présente. Celle dont la simple existence illumine votre vie.

Et d’investiguer, encouragée par un autre éclopé de la vie que le destin mettra sur sa route : Sans-Larme, un barman gothique un peu marginal, plein de bon sens, de lucidité, touchant d’altruisme et désireux de permettre à l’adolescente perdue de retrouver des balises.

Quel est le sens de la vie ? Quelles sont ses authentiques valeurs ? Où se situe l’essentiel ? Subit-on l’avenir ou le fait-on ? C’est à ces questions que Mina devra répondre pour résoudre l’énigme de la mort de son amie et …celle de sa propre survie.

 

Avec une fluidité exemplaire, une tension constante et une sensibilité à fleur de plume, Valérie Tong Cuong nous emmène sur les traces de Mina, sur son « parcours initiatique », jusqu’à la chute finale, somptueusement inattendue, vertigineusement belle. Elle nous montre brillamment que le manque peut générer deux attitudes : là où certains y puisent  un surcroît de vie, une volonté farouche de le combler, d’autres s’y laissent dépérir, assis dans un fauteuil de lamentations stériles. Alors, être acteur de sa vie ou simple spectateur ? Modifier le prisme de son regard pour savoir déceler les richesses de l’existence et les faire prospérer ou ne se focaliser que sur ce qui ne va pas ?

 

Un roman poignant, véritable ode à la vie, au sujet duquel Christian Bobin aurait pu écrire « Il faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait ce qu'un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l'âme. »



Informations pratiques :

Nombre de pages : 176
Prix éditeur : 17€
ISBN : 978.234.06419-5


Bibliographie de l'auteur  :
 

L'ardoise magique, Editions Stock mars 2010
Providence, Editions Stock 2008
Noir dehors, Editions Grasset 2006
Ferdinand et les iconoclastes, Editions Grasset 2003
Gabriel, Editions J'ai lu 2002
Où je suis, Editions Grasset 2001
Big, Nils Editions 1999



Site de l'auteur :
http://www.valerietongcuong.com/
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 15:43
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José, Richard Andrieux
Editions Héloïse d'Ormesson 2007



           Artiste à la palette très riche ( auteur compositeur, arrangeur, chanteur, comédien, écrivain), Richard Andrieux signe avec José un poignant premier roman, roman qui a reçu le Prix 2007 de La Forêt des Livres.


Dans ce court récit, José, neuf ans, nous entraine dans son univers, un monde qu’il s’est construit à l’écart des humains. Retiré dans le doux cocon de sa chambre, il revisite la langue française, rebaptisant un à un ses amis, autrement dit les objets qui l’entourent. Et le lit de devenir « Voyage », ou encore le bougeoir « Le colonel ». Des amis avec lesquels il dialogue, s’évade par la pensée, vibre, vit. C’est que réinventer le dictionnaire et refaire le monde n’est pas une mince occupation !

Hélène, sa mère, devenue veuve tandis que José n’était âgé que d’un mois et demi, n’a pas refait sa vie. Au deuil de son mari s’ajoute sa propre inexistence dans le regard de son fils. Exclue de son monde, elle s’inquiète. Et souffre…

Les pédopsychiatres se veulent rassurants. Or le mutisme et l’isolement de José vont croissant. Hélène noie alors son chagrin dans l’alcool et, dans une ultime tentative, va tenter d’ériger une passerelle de mots entre son fils et elle, de rompre ce silence assourdissant qu’il a instauré entre eux. Une lettre vibrante et belle, rédigée à l'encre de son amour de maman… que José ne lira pas, ou tout du moins ne lira que trop tard, à savoir après son décès. Cette lecture lui fera l’effet d’un électrochoc, le catapultera dans la réalité. Une incommensurable douleur l’habite désormais, tandis qu’une question térébrante lui hante l’esprit : « C’est quoi la mort, maman, c’est quoi ? »

Parviendra t-il à faire l’apprentissage du deuil, à quitter son univers onirique pour réintégrer la réalité ?

Avec beaucoup de pudeur, une troublante justesse et un style très fluide, Richard Andrieux donne véritablement vie et consistance à  son personnage. José, un petit garçon indiciblement attachant que l’on a envie de prendre dans ses bras et de serrer contre soi… 

 

Citation : " Son aventure est intérieure et son intérieur n'est qu'aventure."

Informations pratiques :

Prix éditeur : 15€
Nombre de pages : 118
ISBN : 9782350870595
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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /2010 19:45
foenkinos la-delicatesse-copie-2

La délicatesse, David Foenkinos
Editions Gallimard 2009

 

 

Nathalie est une jolie et brillante jeune femme, promise à un bel avenir. De fait, elle allie réussite professionnelle en tant que cadre dans une multinationale suédoise, et bonheur conjugal grâce à sa rencontre avec François. Mais, après sept années de douce volupté, leur bonheur va se fracasser sur l’autel d’un accident de la route : François décède... Veuve inconsolable, Nathalie « choisit » la fuite en avant, survit en consacrant toute son énergie et tout son temps à son travail, essayant sans y parvenir à faire le deuil. Pour parodier une chanson de Dominique A, « L’amour l’a tuée, a tué ses rêves, aujourd’hui elle en crève »…

Mais la géhenne qui est sienne ne l’a pas pour autant conduite à se négliger. Toujours aussi féminine et séduisante, elle s’attire les regards, dût-elle ne pas leur prêter attention. Percluse de douleur, elle est en effet convaincue ne plus pouvoir aimer. Or un jour, dans son bureau, elle est prise d’une pulsion sensuelle irrationnelle : elle gratifie Markus, un collègue suédois, d’un « long baiser intense ». Comme ça, sans arrière-pensée, sans calcul. Gratuitement. Parce qu’il était là, à ce moment précis. Au bon moment. Et de passer à autre chose. Or Markus ne l’entend pas ainsi. Chez lui, ce baiser crée un véritable séisme, ébranle ses fondations. S’il veut construire un avenir, ce sera avec Nathalie, et personne d’autre, fussent-ils de prime abord non faits l’un pour l’autre. Mais y a-t-il une logique en matière amoureuse ?

Deux hommes vont alors se trouver en concurrence pour tenter de la conquérir. Deux hommes que tout oppose. Charles, son patron,  nage dans la « vie conjucalme » et rêve en secret à la troublante Nathalie. Brusque, maladroit, vil, il tente de la séduire avec la légèreté d’une enclume et la douceur d’un cactus. Markus, réservé, mal dans sa peau, au physique délicat, s’efforce à contrario d’appliquer l’aphorisme de Cioran : « L’art d’aimer ? C’est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d’une anémone ».

Une rencontre improbable entre deux êtres à priori désaccordés. Markus trouvera t-il la bonne partition ? Sa présence donnera t-elle le « La » d’une renaissance à l’amour ?


           On plébiscite le style. Difficile de rivaliser avec l’auteur et son art de la digression, passant de la douleur de la perte de l’être aimé à la discographie de John Lennon s’il n’était pas mort  en 1980, de la blessure d’une tentative de séduction ratée aux résultats de ligue 1, d’un baiser fougueux à l’invention de la moquette (Ah la moquette, ce « meurtre de la sensualité » puisqu’il ne permet plus d’entendre la délicate mélodie des talons aiguilles !).


Un roman mêlant avec dextérité drame et espoir, légèreté et profondeur, douleur et douceur. Ou pour reprendre la définition du mot "délicat" selon le Larousse : un roman « d’une grande finesse, exquis, raffiné. Qui manifeste une grande sensibilité, du tact ». 


 

Informations pratiques :

Prix éditeur :
16€
Nombre de pages : 208
ISBN :
9782070126415

Bibliographie :

Inversion de l'idiotie, Editions Gallimard 2001
Entre les oreilles, Editions Gallimard 2002
Le potentiel érotique de ma femme, Editions Gallimard 2004
En cas de bonheur, Editions Gallimard 2005
Le coeur autonome, Editions Gallimard 2006
Des nouvelles de La Fontaine, Editions Gallimard 2007
Célibataires, Editions Flammarion 2008
Nos séparations, Editions Gallimard 2008
La délicatesse, Editions Gallimard 2009


          




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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 21:32
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Eloge de la cellulite et autres disgrâces, Dominique Dyens
Editions Pocket 2008, Editions EHO 2006



Avec Eloge de la cellulite et autres disgrâces, Dominique Dyens se lâche complètement. Et …on ne la lâche plus !

Si l’auteure traite en effet d’un de ses thèmes de prédilection, à savoir l’éternel féminin, elle a l’art ici de nous surprendre tant par le style que par le fond, tous deux savoureusement irrévérencieux.

Dans un monde régi par le regard des autres, par ce qu’il est de bon ton de faire ou de ne pas faire, Dominique Dyens pose cette question jubilatoire : « Faut-il dégraisser les femmes comme les entreprises ? » Avec un inénarrable humour et une farouche lucidité, ces sept nouvelles nous plongent dans l’univers de la dictature des apparences, tant en ce qui concerne le physique que les valeurs morales. Botox, silicone, liposuccions, prothèses, viagra, sourires et dîners de circonstance, ont chassé les rides, peau d’orange, cellulite et autres stigmates du temps, de même que les tensions conjugales. La « perfection », selon les canons du moment, convergerait-elle vers un monde idéal ? Non.  Les héroïnes entendent bien renouer avec cette espèce en voie de disparition, l’anti-Barbie de la « Silicone Valley » : la femme non retouchée, non ripolinée, qui s’accepte telle qu’elle est et de par ce fait même, devient désirable dans le regard d’autrui. Une femme qui s’affirme, s’impose, se rebelle. Des Maisons Closes pour Femmes Respectables, aux petites gâteries consenties au patron du mari pour lui faire garder son emploi, en passant par la célébration de noces de verre où la transparence se fait soudain, l’auteure nous livre des expériences tragi-comiques où le féminisme est poussé dans ses retranchements.

Rires et effroi se mêlent. Car ces situations cocasses n’en manquent pas moins de profondeur et amènent à réfléchir sur l’estime de soi et des autres, sur les dérives d’une vie artificielle, tant pour soi que pour le couple : « Elle les avait amenés à reconsidérer les fondations même du bonheur en prouvant que l’on pouvait vivre avec ravissement dans un monde d’illusions et ce, tant qu’on n’était jamais propulsé de plein fouet dans la réalité. » Car c’est bien le réveil au réel qui peut fêler les âmes…

Un aperçu des dogmes de la mode mais aussi ceux de la vie à deux, que l'irremplaçable plume de Dominique Dyens relate si bien : du couple bancal qui joue devant les autres à "Monsieur et Madame Parfait" aux femmes en quête de l'idéal Barbie ripolinée, les apparences volent en éclat à l'image des rires déclenchés par la lecture.
           Un très agréable moment passé au coeur de ces pages.
           Original, hilarant, sensible et percutant.



Bibliographie :
:
La femme éclaboussée, Editions Denoël 2000
C'est une maison bleue, Editions Denoël 2002
Maud à jamais, Editions Denoël 2003
Eloge de la cellulite et autres disgrâces, Editions Héloïse d'Ormesson 2006, Pocket 2008
Délit de fuite, Editions EHO 2009


Informations pratiques :

Prix éditeur : 6.20€
Nombre de pages : 179
ISBN : 9782266167581
Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 19:25

 

Le prisonnier, Anne Plantagenet
Editions Stock 2009
:

Dans un petit village au coeur des montagnes, dans un pays et une époque volontairement non définis, c'est soudain l'agitation. L'évènement. Les jeunes ont en effet capturé "Papa", un homme dont l'auteur laisse  planer le doute sur le statut de criminel sanguinaire ou de héros. Un être hirsute, traqué depuis des mois, que ces derniers vont faire prisonnier dans une école, dans l’attente de l’arrivée des autorités.


           Julia, l’institutrice, est sortie brusquement de son sommeil et sommée d’aller lui apporter à boire et à manger. Et un face-à-face de s’engager pendant de longues heures entre la jeune femme de 19 ans et le prisonnier. Et le lecteur au fil des pages de se rendre compte que n’est pas prisonnier celui que l’on croît…

 
           Si la peur régit les premiers instants de ce huis-clos oppressant, où le langage est presque exclusivement celui du regard, peu à peu l’un et l’autre s’apprivoisent pourtant. L’homme cesse d’être cet animal sale et répugnant dans le regard de Julia, tandis que l’institutrice s’attire la compassion du captif. Tous deux se reconnaissent dans leurs blessures - physiques pour l’homme, psychologiques pour Julia- mais aussi dans la trahison dont ils ont été victimes.  Les yeux de « papa » face à elle se font miroir et lui révèlent sa propre déchéance. Depuis le départ d’Abel, son grand amour, elle s’est réfugiée dans l’alcool, s’inflige des coups, avec pour seul compagnon un piano sur lequel elle interprète en boucle la même sombre sonate de Beethoven. Elle se retrouve aujourd’hui aux frontières de la folie, à l’écart des hommes. « Julia s'est liée toute seule, pieds et poings (…) accusant les autres, Abel, tous, du bannissement dont elle seule est responsable ». Cette prise de conscience va-t-elle opérer un déclic salutaire ?


           Au terme de cette nuit de regards croisés, de brefs mots échangés, auront-ils la vie sauve? Qu’est ce qui les attend ? Renaissance ? Mort ? Rédemption ?


            Une narration à l’ambiance terriblement anxiogène…


     

Bibliographie


Un coup de corne fut mon premier baiser, Editions Ramsay 1998
Seule au rendez-vous, Editions Robert Laffont 2005 (prix du récit biographique 2005)
Manolete, Editions Ramsay 2005 (Prix de la biographie de la ville d'Hossegor 2006)
Marilyn Monroe, Editions Folio biographies 2007
Pour les siècles des siècles, Editions Stock 2008

Informations pratiques

Prix éditeur : 14,50€
Nombre de pages : 139
ISBN :  9782234062603

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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 14:22



Les carnets d'Agnès, Agnès Abécassis
Editions Hugo BD 2009

    

     On connaissait la facétieuse romancière avec notamment "Chouette, une ride", ou encore "Toubib or not toubib". On découvre aujourd'hui une autre facette de ses talents. Car Agnès Abécassis n'a pas seulement une truculente plume, elle dessine aussi ! Et d'oser ce pari audacieux de passer du roman à la bande dessinée. Pari réussi !

    
      Son inimitable humour est ô combien au rendez-vous. Ces 64 planches explosant de couleurs, aux styles graphiques variés, nous arrachent sourires et rires. Avec une infinie tendresse, une justesse confondante et beaucoup de drôlerie, l'auteure passe en revue dans ses carnets ce en quoi beaucoup de femmes se reconnaîtront : les idéaux, les hommes (tout un programme !), les représentations évolutives du Prince Charmant (hilarant!), les désillusions, les régimes (vive la gourmandise !), les enfants (émouvant...), les soucis du quotidien, les vrais/faux complexes ( Complexes, vous avez dit complexes ?)... Ou l'art de dédramatiser et de déculpabiliser.

   
      Un cocktail d'expériences, d'observations, qui met du soleil dans les esprits en ces temps de frimas hivernaux. Pétillant, coloré, jubilatoire et attendrissant.

      De la vitamine de bonne humeur à consommer sans modération !

Quatrième de couverture :
Agnès Abécassis est une jeune adolescente de 37 ans, sérieuse et impliquée dans son rôle d’auteur de comédies à succès, sauf quand elle envoie tout valser pour écrire et dessiner une BD. Elle passe ses journées à divorcer, à regretter l’époque où ses filles étaient bébés, à se convaincre qu’une religieuse au chocolat de temps en temps ne la fera pas grossir, et à se demander pourquoi les femmes acceptent sans se battre les douleurs de l’épilation. Dans ce premier carnet, elle raconte l’amour, la loose, les enfants, les complexes, la culpabilité, et, telle une bonne copine, dédramatise les petits tracas de la vie quotidienne par son humour jubilatoire.



Bibliographie :

Les tribulations d'une jeune divorcée, Editions Fleuve Noir 2005
Au secours il veut m'épouser!, Editions Calmann-Lévy 2007
Toubib or not toubib, Editions Calmann-Lévy 2008
Chouette, une ride !, Editions Calmann-Lévy 2009
Les carnets d'Agnès, Editions Hugo BD 2009

Informations pratiques :

Prix éditeur : 13,25€
Nombre de planches : 64
ISBN : 9782755604528



Site de l'auteure :
www.agnesabecassis.com

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 22:00


Les lois de la gravité, Jean Teulé
Editions Pocket 2008


           Cela aurait pu être le crime parfait. « Dossier clos. Affaire classée. Nos condoléances, madame. » Or en ce dimanche soir, une jeune femme entre dans un commissariat, dévorée de remords. Au lieutenant Pontoise de permanence, elle avoue avoir maquillé le crime de son mari en suicide. Et dans trois heures, soit dix ans jour pour jour après l’avoir occis, il y aura prescription.

Commence alors le compte à rebours…mais pas dans le sens attendu : là est le tour de force de Jean Teulé.

Car si dans le décor minimaliste de ce petit commissariat normand, la procédure à suivre pour chacun des deux protagonistes semble écrite, rien n’en prend la voie. La situation est pour le moins insolite : la coupable veut être arrêtée, le policier s’y refuse. Elle n’a plus de temps à perdre. Lui fait tout pour en gagner.
           Pour cette femme, le poids de la culpabilité est la pire des peines, la condamnation à perpétuité de son âme, d’autant que ses enfants, témoins de la scène, la tyrannisent au quotidien en placardant partout des photos du défunt. Il y a urgence à se libérer de cet incommensurable fardeau par l’aveu.

Or il y a urgence à patienter pour le policier. Patienter jusqu’aux douze coups de minuit, afin que celle qui s’est protégée et a protégé ses enfants de son mari physiquement et psychologiquement violent, ne soit ni jugée ni emprisonnée. Son acte n’est à ses yeux que légitime défense, le terme enfin mis à un enfer conjugal.  

Et un bras de fer captivant de s’engager dont on ignore l’issue.

 

Un huis clos éprouvant, dense, à la tension permanente, qui se garde à vue de la première à la dernière ligne, rendant le lecteur prisonnier du récit. Car il est une peine à laquelle il est merveilleux d’être condamné : lire ce roman mené de haute plume par Jean Teulé, multirécidiviste dans le talent, dans l’art de décrypter l'humanité bancale, ses multiples visages, ses emballements.



Bibliographie de l'auteur

Romans :
Mangez-le si vous voulez, Editions Julliard 2009
Le Montespan, Editions Julliard 2008
Le magasin des suicides, Editions Pocket 2008
Rainbow pour Rimbaud, Editions Julliard 2002
Darling, Editions Julliard 1999
Les lois de la gravité, Editions Pocket 2008
Je, François Villon, Editions Pocket 2007
O Verlaine, Editions Julliard 2004
Balade pour un père oublié, Editions Pocket 2009
Bord cadre, Editions Julliard 1999
Longues peines, Editions Julliard 2001
Les lois de la gravité, Editions Julliard 2003
L'oeil de Pâques, Editions Julliard 1999
 

Jean Teulé est aussi l'auteur de nombreuses bandes dessinées.

Informations pratiques

Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 144
ISBN : 978-2-266-17926-3
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /2009 11:00


La part belle, Marie-Claude Gay
Editions J.C. Lattès 2009

 

Marie d’Artefeuille, sémillante quinquagénaire va croiser la route de Louis, homme marié, dont elle tombe amoureuse. Or Louis, comme ses précédents amours, a tout du Don Juan. Il recherche et vit dans le plaisir et la jouissance de l’instant présent, faisant fi des contraintes et de toute règle, qu’elle soit sociale, morale ou religieuse. Bien que consciente que cet homme est un jouisseur et un libertin, potentiellement égoïste et destructeur, Marie lui succombera. Elle sait qu’il ne peut lui offrir ce qu’elle recherche dans une relation, à savoir un amour absolu, inconditionnel, insatiable. Et pourtant, elle est prête à tout donner en l’échange de quelques miettes d’affection, de reconnaissance, de tendresse. Prête à se sacrifier dans l’espoir d’être aimée. Pourquoi tant d’abnégation ? Pourquoi aller au devant de nouvelles souffrances avec Louis ? Pourquoi cette attirance, cette étrange fascination pour des hommes prédateurs, véritables tyrans psychologiques ?

Avec une acuité particulièrement exacerbée, Marie-Claude Gay dissèque l’âme humaine, tant masculine que féminine, dans sa quête de l’Autre, ses attentes, ses désillusions. Une analyse d’une justesse troublante qui amènera l’héroïne à saisir les raisons de sa victimisation, à cerner ces failles dans son enfance qui ont fait d’elle aujourd’hui une proie idéale.
           Comprendre pour ne plus subir.


          Si le thème abordé est intéressant et la psychologie des personnages brillamment traitée, il est à déplorer d'une part les longueurs de ce roman, lesquelles brisent le rythme et rendent la lecture relativement fastidieuse, et d'autre part, les innombrables clichés. Une impression très partagée donc...
 




Quatrième de couverture :

Au cours de la tempête de janvier 2009 dans le Sud-Ouest, Marie d’Artefeuille, professeur de dessin aux Beaux-Arts de Toulouse, rencontre Louis Morteau, notaire à Besançon. Elle tombe amoureuse de cet homme marié et tente d’analyser pour quelle raison elle fait toujours le même choix qui la plonge dans la solitude. Car Louis, après une cour en règle, finit par la quitter sur un malentendu, la laissant une fois de plus désespérée. Dans son introspection pour comprendre ses faillites amoureuses qui la poussent à séduire des hommes non libres, Marie revient sur sa petite enfance en Algérie, dépourvue de ten dresse maternelle, ponctuée par la violence physique d’un père toujours présent en toile de fond, et sur ses différentes amours déçues.




Renseignements pratiques :

Prix éditeur : 18.50€
Nombre de pages : 333
ISBN : 9782709633239


Bibliographie :

- Chez J.C. Lattès  :
Le serment de Saint-Jean de Luz, 2003
Deuxième vie, 2004
Le défi de Solenn, 2005
Une famille bien comme il faut, 2006
Aux éditions de Lodi :
Tout le chare de la Provence/Côte d'Azur, 2001
Tout le charme de la Normandie, 2002
Tout le charme de l'Alsace, 2001

- Aux Editions Hermé :
Périgord, 2000

- Aux Editions Lucien Souny :
L'écharpe d'Iris, 1994
Le temple e l'eau, 1995 (prix Gironde du 2ème roman)
Le Passant du Bois-de-Lune, 1996
Les vignes du Clos d'Orcival, 1997
Le Vallon des Sources, 1998
L'Enfant de Tolède, 1999
Blessures de femmes, 2000.
Les amants de Baïkal, 2008
 
Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 18:02


Une année étrangère, Brigitte Giraud
Editions Stock 2009

Dans les années 80, Laura, 17 ans, part comme jeune fille au pair pendant six mois en Allemagne. Elle est reçue par les Bergen, couple avec deux enfants. Une famille germanique que tout semble opposer à la sienne, tant le déroulé de leur vie est en apparence paisible, lent, lisse. Illusion qui se dissipera toutefois. Par ailleurs, très rapidement, on réalise que l’apprentissage de la langue n’est pas le réel motif de sa venue. Car Laura fuit… Elle ne supporte plus l’étau de sa famille détruite par la mort de son jeune frère Léo, mort dont chacun de surcroît rejette la faute sur l’autre. Elle a quitté sa famille en lambeaux pour essayer de faire peau et âme neuves en débarquant dans un pays étranger, là où tous les repères sont nouveaux (langue, environnement, famille), là où tout est à construire. Là où elle espère se reconstruire. « Depuis l’accident de Léo, je ne parviens plus à me sentir exister. Mon corps s’est comme rétracté et mes sens ont reflué si loin que la fille que je suis devenue est une autre, dont les gestes trahissent le désordre qui l’a gagnée. » Mais les 1000 kilomètres qui la séparent du foyer natal suffiront-ils à mettre de la distance avec son indicible douleur ou emporte t-on ses démons avec soi, nichés au creux de notre âme ? L’incommensurable chagrin qui la ronge et sur lequel elle achoppe à mettre des mots restera t-il bloqué à la frontière ? Dans la routine de ce nouveau quotidien, sans parvenir à trouver vraiment sa place, entre tenue de la maison et accompagnement des enfants, elle essaye de s’oublier, d’oublier tout court. Et le personnage de Laura, vulnérable et imprévisible, sauvage et transparent, fort et fragile à la fois, de nous bouleverser.

Avec une acuité absolument remarquable, un style très épuré, Brigitte Giraud nous peint point par point, telle une toile de Seurat, la lente double métamorphose qui opère. Celle d’une jeune fille qui passe de l’adolescence à l’âge adulte. Celle du deuil d’un petit frère tant aimé.

Avec une lenteur et une économie de moyens extrêmes, on s’enfonce dans le roman à l’atmosphère étrange et mystérieuse, la respiration coupée, conscients sans pouvoir les identifier, que d’autres blessures et danger menacent.

Un roman d’une rare intensité dont la douce violence nous enveloppe dès les premières pages pour ne plus nous quitter, y compris la couverture refermée...

 

 Citation p131: « Je me demande ce qui est pire : mourir peut-être bientôt en souriant ou vivre encore sans jamais plus pouvoir sourire ? »





Bibliographie :

La chambre des parents, Editions Fayard, 1997
Nico, Editions Stock 1999
A présent, Editions Stock 2001
Marée noire, Editions Stock 2004
J'apprends,  Editions Stock 2005
L'amour est très surestimé, Editions Stock 2007 Prix Goncourt de la nouvelle
Avec les garçons, livre-DVD, avec Fabio Viscogliosi, Alphabet de l'Espace 2009



Renseignements pratiques :

Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 208
ISBN : 9782234063464

Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 10:40


Cubes, Yann Suty
Editions Stock 2009

La vie est-elle gouvernée par le hasard ? « Le hasard est toujours là pour vous rappeler qu’il n’existe pas », telle est la conviction intime du narrateur. Là où d’aucuns voient des coïncidences, ce dernier est convaincu que tout est écrit. Par qui ? Par quoi ? Par …des cubes.

Âgé de huit ans, il entre par effraction avec son meilleur copain, Alexis, dans le jardin d’un voisin milliardaire. Sur la pelouse de cet homme aux mille exploits, ce héros mystérieux, ils aperçoivent d’étranges cubes en verre. Et ces polyèdres d’aiguiser leur curiosité. Si au fil des années Alexis s’y intéresse avec de plus en plus de détachement, l’esprit du narrateur est à contrario insidieusement phagocyté par eux. Ce qui n’était qu’une simple attirance devient obsession. Ces blocs de verre vont lui dicter sa vie, en écrire l’avenir, lui parler, se trouver là à chaque carrefour de son existence (études, rencontre avec la femme de sa vie, naissance de son enfant,…). Et les arêtes de ces blocs de l’empêcher de tourner en rond.

… A moins que ce ne soit lui qui ne les fasse apparaître, désireux de donner de la densité, du sens, à sa vie banale et sans relief ? «  Les cubes se rappelaient à mon bon souvenir quand ils le décidaient. Ils étaient là. Tout le temps. Partout. Si je ne les voyais pas, c’était uniquement parce que je n’avais pas encore cette idée en tête. Il m’aurait pourtant suffi de lever le nez pour déceler les signes qu’ils ne cessaient de m’envoyer. Pour les faire apparaître à volonté. » Car force est d’admettre que tout est cubique par le prisme de son regard, et que ce dernier n’est pas toujours objectif : une couveuse, une cabine de douche, un aquarium, s’imposent comme des polyèdres de verre.

 

Oscillant de plus en plus entre lucidité et folie, perdant le sens des réalités, obnubilé par eux tandis que les pires catastrophes de son existence suscitent en lui l’indifférence la plus absolue, il vit désormais dans une autre dimension,  géométrique. Un autre monde.

 

 Si l’étymologie du terme cube est grecque « kubos », signifiant le dé, pour le narrateur, les dés sont -ils jetés ? Et par quelle main ? Subira t-il la dictature des cubes ou reprendra t-il les rênes de son destin ?

Yann Suty nous offre un premier roman dont l’intrigue sort vraiment de l’ordinaire, portée par  un rythme soutenu et un style où la multiplication des parenthèses crée une intimité originale entre le lecteur et l’auteur.  

 

Un mystère savamment entretenu, rédigé de haute plume.


Prix :

« Cubes » est l'un des cinq livres nominés pour le Prix « Jeunes Mousquetaire du Premier Roman », organisé par le lycée de Nogaro. Le président du jury est David Foenkinos, qui a fait partie cette année de la liste du Goncourt et du Renaudot pour « La Délicatesse ».


Informations pratiques
:

Prix éditeur : 18.50€
Nombre de pages : 290
ISBN : 9782234062290



Site de l'auteur :

 http://yannsuty.com

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