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Lundi 23 novembre 2009


La part belle, Marie-Claude Gay
Editions J.C. Lattès 2009

 

Marie d’Artefeuille, sémillante quinquagénaire va croiser la route de Louis, homme marié, dont elle tombe amoureuse. Or Louis, comme ses précédents amours, a tout du Don Juan. Il recherche et vit dans le plaisir et la jouissance de l’instant présent, faisant fi des contraintes et de toute règle, qu’elle soit sociale, morale ou religieuse. Bien que consciente que cet homme est un jouisseur et un libertin, potentiellement égoïste et destructeur, Marie lui succombera. Elle sait qu’il ne peut lui offrir ce qu’elle recherche dans une relation, à savoir un amour absolu, inconditionnel, insatiable. Et pourtant, elle est prête à tout donner en l’échange de quelques miettes d’affection, de reconnaissance, de tendresse. Prête à se sacrifier dans l’espoir d’être aimée. Pourquoi tant d’abnégation ? Pourquoi aller au devant de nouvelles souffrances avec Louis ? Pourquoi cette attirance, cette étrange fascination pour des hommes prédateurs, véritables tyrans psychologiques ?

Avec une acuité particulièrement exacerbée, Marie-Claude Gay dissèque l’âme humaine, tant masculine que féminine, dans sa quête de l’Autre, ses attentes, ses désillusions. Une analyse d’une justesse troublante qui amènera l’héroïne à saisir les raisons de sa victimisation, à cerner ces failles dans son enfance qui ont fait d’elle aujourd’hui une proie idéale.
           Comprendre pour ne plus subir.


          Si le thème abordé est intéressant et la psychologie des personnages brillamment traitée, il est à déplorer d'une part les longueurs de ce roman, lesquelles brisent le rythme et rendent la lecture relativement fastidieuse, et d'autre part, les innombrables clichés. Une impression très partagée donc...
 




Quatrième de couverture :

Au cours de la tempête de janvier 2009 dans le Sud-Ouest, Marie d’Artefeuille, professeur de dessin aux Beaux-Arts de Toulouse, rencontre Louis Morteau, notaire à Besançon. Elle tombe amoureuse de cet homme marié et tente d’analyser pour quelle raison elle fait toujours le même choix qui la plonge dans la solitude. Car Louis, après une cour en règle, finit par la quitter sur un malentendu, la laissant une fois de plus désespérée. Dans son introspection pour comprendre ses faillites amoureuses qui la poussent à séduire des hommes non libres, Marie revient sur sa petite enfance en Algérie, dépourvue de ten dresse maternelle, ponctuée par la violence physique d’un père toujours présent en toile de fond, et sur ses différentes amours déçues.




Renseignements pratiques :

Prix éditeur : 18.50€
Nombre de pages : 333
ISBN : 9782709633239


Bibliographie :

- Chez J.C. Lattès  :
Le serment de Saint-Jean de Luz, 2003
Deuxième vie, 2004
Le défi de Solenn, 2005
Une famille bien comme il faut, 2006
Aux éditions de Lodi :
Tout le chare de la Provence/Côte d'Azur, 2001
Tout le charme de la Normandie, 2002
Tout le charme de l'Alsace, 2001

- Aux Editions Hermé :
Périgord, 2000

- Aux Editions Lucien Souny :
L'écharpe d'Iris, 1994
Le temple e l'eau, 1995 (prix Gironde du 2ème roman)
Le Passant du Bois-de-Lune, 1996
Les vignes du Clos d'Orcival, 1997
Le Vallon des Sources, 1998
L'Enfant de Tolède, 1999
Blessures de femmes, 2000.
Les amants de Baïkal, 2008
 
Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Vendredi 6 novembre 2009


Une année étrangère, Brigitte Giraud
Editions Stock 2009

Dans les années 80, Laura, 17 ans, part comme jeune fille au pair pendant six mois en Allemagne. Elle est reçue par les Bergen, couple avec deux enfants. Une famille germanique que tout semble opposer à la sienne, tant le déroulé de leur vie est en apparence paisible, lent, lisse. Illusion qui se dissipera toutefois. Par ailleurs, très rapidement, on réalise que l’apprentissage de la langue n’est pas le réel motif de sa venue. Car Laura fuit… Elle ne supporte plus l’étau de sa famille détruite par la mort de son jeune frère Léo, mort dont chacun de surcroît rejette la faute sur l’autre. Elle a quitté sa famille en lambeaux pour essayer de faire peau et âme neuves en débarquant dans un pays étranger, là où tous les repères sont nouveaux (langue, environnement, famille), là où tout est à construire. Là où elle espère se reconstruire. « Depuis l’accident de Léo, je ne parviens plus à me sentir exister. Mon corps s’est comme rétracté et mes sens ont reflué si loin que la fille que je suis devenue est une autre, dont les gestes trahissent le désordre qui l’a gagnée. » Mais les 1000 kilomètres qui la séparent du foyer natal suffiront-ils à mettre de la distance avec son indicible douleur ou emporte t-on ses démons avec soi, nichés au creux de notre âme ? L’incommensurable chagrin qui la ronge et sur lequel elle achoppe à mettre des mots restera t-il bloqué à la frontière ? Dans la routine de ce nouveau quotidien, sans parvenir à trouver vraiment sa place, entre tenue de la maison et accompagnement des enfants, elle essaye de s’oublier, d’oublier tout court. Et le personnage de Laura, vulnérable et imprévisible, sauvage et transparent, fort et fragile à la fois, de nous bouleverser.

Avec une acuité absolument remarquable, un style très épuré, Brigitte Giraud nous peint point par point, telle une toile de Seurat, la lente double métamorphose qui opère. Celle d’une jeune fille qui passe de l’adolescence à l’âge adulte. Celle du deuil d’un petit frère tant aimé.

Avec une lenteur et une économie de moyens extrêmes, on s’enfonce dans le roman à l’atmosphère étrange et mystérieuse, la respiration coupée, conscients sans pouvoir les identifier, que d’autres blessures et danger menacent.

Un roman d’une rare intensité dont la douce violence nous enveloppe dès les premières pages pour ne plus nous quitter, y compris la couverture refermée...

 

 Citation p131: « Je me demande ce qui est pire : mourir peut-être bientôt en souriant ou vivre encore sans jamais plus pouvoir sourire ? »





Bibliographie :

La chambre des parents, Editions Fayard, 1997
Nico, Editions Stock 1999
A présent, Editions Stock 2001
Marée noire, Editions Stock 2004
J'apprends,  Editions Stock 2005
L'amour est très surestimé, Editions Stock 2007 Prix Goncourt de la nouvelle
Avec les garçons, livre-DVD, avec Fabio Viscogliosi, Alphabet de l'Espace 2009



Renseignements pratiques :

Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 208
ISBN : 9782234063464

Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Jeudi 29 octobre 2009


Cubes, Yann Suty
Editions Stock 2009

La vie est-elle gouvernée par le hasard ? « Le hasard est toujours là pour vous rappeler qu’il n’existe pas », telle est la conviction intime du narrateur. Là où d’aucuns voient des coïncidences, ce dernier est convaincu que tout est écrit. Par qui ? Par quoi ? Par …des cubes.

Âgé de huit ans, il entre par effraction avec son meilleur copain, Alexis, dans le jardin d’un voisin milliardaire. Sur la pelouse de cet homme aux mille exploits, ce héros mystérieux, ils aperçoivent d’étranges cubes en verre. Et ces polyèdres d’aiguiser leur curiosité. Si au fil des années Alexis s’y intéresse avec de plus en plus de détachement, l’esprit du narrateur est à contrario insidieusement phagocyté par eux. Ce qui n’était qu’une simple attirance devient obsession. Ces blocs de verre vont lui dicter sa vie, en écrire l’avenir, lui parler, se trouver là à chaque carrefour de son existence (études, rencontre avec la femme de sa vie, naissance de son enfant,…). Et les arêtes de ces blocs de l’empêcher de tourner en rond.

… A moins que ce ne soit lui qui ne les fasse apparaître, désireux de donner de la densité, du sens, à sa vie banale et sans relief ? «  Les cubes se rappelaient à mon bon souvenir quand ils le décidaient. Ils étaient là. Tout le temps. Partout. Si je ne les voyais pas, c’était uniquement parce que je n’avais pas encore cette idée en tête. Il m’aurait pourtant suffi de lever le nez pour déceler les signes qu’ils ne cessaient de m’envoyer. Pour les faire apparaître à volonté. » Car force est d’admettre que tout est cubique par le prisme de son regard, et que ce dernier n’est pas toujours objectif : une couveuse, une cabine de douche, un aquarium, s’imposent comme des polyèdres de verre.

 

Oscillant de plus en plus entre lucidité et folie, perdant le sens des réalités, obnubilé par eux tandis que les pires catastrophes de son existence suscitent en lui l’indifférence la plus absolue, il vit désormais dans une autre dimension,  géométrique. Un autre monde.

 

 Si l’étymologie du terme cube est grecque « kubos », signifiant le dé, pour le narrateur, les dés sont -ils jetés ? Et par quelle main ? Subira t-il la dictature des cubes ou reprendra t-il les rênes de son destin ?

Yann Suty nous offre un premier roman dont l’intrigue sort vraiment de l’ordinaire, portée par  un rythme soutenu et un style où la multiplication des parenthèses crée une intimité originale entre le lecteur et l’auteur.  

 

Un mystère savamment entretenu, rédigé de haute plume.


Prix :

« Cubes » est l'un des cinq livres nominés pour le Prix « Jeunes Mousquetaire du Premier Roman », organisé par le lycée de Nogaro. Le président du jury est David Foenkinos, qui a fait partie cette année de la liste du Goncourt et du Renaudot pour « La Délicatesse ».


Informations pratiques
:

Prix éditeur : 18.50€
Nombre de pages : 290
ISBN : 9782234062290



Site de l'auteur :

 http://yannsuty.com

Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Jeudi 22 octobre 2009


Délit de fuite, Dominique Dyens
Editions Héloïse d'Ormesson 2009

Anne Duval, 36 ans, chef de publicité brillante a tout pour être heureuse. Du moins en donne t-elle l’apparence. Mais réussir sa vie se résume t-il à réussir socialement ? Non. Tout n’est qu’illusion, signe de succès extérieur qui ne masque que mieux son incommensurable misère affective. Plongée dans un profond état de déréliction, elle trouve alors refuge dans le mensonge, s’invente une histoire d’amour avec un amant et une petite belle-fille Capucine. Deux béquilles factices. Deux amours fantasmés. Mais ce mensonge entretenu devant sa mère depuis deux ans ne peut indéfiniment colmater sa faille, laquelle devient béance et l’engloutit tout entière un certain 3 décembre, date anniversaire de la mort de son père. A bout de forces physiques et morales, la femme d’affaires craque et quitte  travail, proches, appartement. Commence alors une forme de road movie sur les aires autoroutières et dans les hôtels, de Paris à Clermont-Ferrand. Une mise en abîme progressive, lente mais irrémédiable dérive vers la folie. Jusqu’à l’internement en hôpital psychiatrique.

 

En contrepoint, un écrivain clermontois, psychiatre de surcroît, s’immisce dans le récit. Marié à une femme psychologiquement fragile, il rédige un roman sur un fait divers relatif à une suspicion de meurtre dans les années 90. Un couple sur l'autel duquel il accepte de sacrifier son bonheur et celui de sa fille. Mais quelle obscure raison  le pousse à se résigner à vivre un tel enfer ? 


           Et le lecteur de se demander comment ces deux histoires vont s’imbriquer, quel rapport peut bien lier Anne à ce docteur Kretz. Les pistes se multiplient. Tel le Petit Poucet Dominique Dyens sème subtilement des indices, suffisamment nombreux pour baliser la route, mais avec parcimonie cependant pour maintenir le suspens intact, pour garder secrète la destination finale. Une chute, vertigineuse et ô combien machiavélique, qui ne nous sera dévoilée qu’à la toute fin.

 

L’intrigue est captivante, le rythme trépidant, l'analyse psychologique des personnages particulièrement ciselée. Une lecture jouissive !

 

Je veux bien être accusée de délit d’initiée en vous informant de l’absolue nécessité d'investir dans ce livre côté à la bourse du talent. Ne vous enfuyez pas de la librairie sans l’avoir acheté !


Informations pratiques
:
Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 184

ISBN : 978235087103

Bibliographie
:
La femme éclaboussée, Editions Denoël 2000
C'est une maison bleue, Editions Denoël 2002
Maud à jamais, Editions Denoël 2003
Eloge de la cellulite et autres disgrâces, Editions Héloïse d'Ormesson 2006

Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Dimanche 4 octobre 2009


M comme Mohican,Corinne Royer
Editions Héloïse d'Ormesson 2009

     J’«M comme Mohican » ! Avec ce premier roman, Corinne Royer frappe d’emblée très fort : désormais, il faudra compter avec elle dans le sérail des grands auteurs, ceux dont on attend impatiemment le nouvel opus, ceux que non seulement on lit, mais qu’on relit. Ceux qui, comme dans le cas présent, donnent envie de partager l’enthousiasme suscité par la lecture de leur oeuvre.

    Claire, une quadra à laquelle la vie réussit dans tous les domaines, épouse et mère épanouie, photographe de talent, va soudain sortir des rails paisibles d’une vie bien rangée. Une sortie de route due à la rencontre avec un homme de pouvoir qu’elle a follement aimé vingt ans auparavant. Elle ne sera désormais plus seulement l’épouse d’Alexandre. Cap est mis sur une autre destination : elle va aussi épouser le rôle de maîtresse. Un triptyque – femme – maîtresse – amant - que l’on aurait pu croire largement étudié et même disséqué dans la littérature. A tort. Le regard que l’auteur porte ici est un regard neuf, aiguisé, lucide, incroyable de justesse. Perturbant même.
    Claire, écartelée entre la culpabilité qui la ronge et le désir qui la submerge, voit ses fondations fortement ébranlées, proches de l’effondrement. Ce désir fou, dévorant, qui accapare ses pensées jour et nuit et l’anime de pulsions incoercibles, n’a d’égale que sa peur à l’assouvir. Le bonheur n’est pas simple. S’il se laisse approcher, il se laisse difficilement conquérir. Et Claire de se demander : « Pourquoi le bonheur ne rend-il pas heureux ? » Un constat qui amène la femme à l’esprit manichéen à faire face aux vraies questions jusqu’ici refoulées par son petit chemin de vie paisible : interrogations relatives au pouvoir, à la politique,à la mort, à la folie, à l’existence, au désir au sens large, à la relation à Dieu. Difficile cependant de trouver des réponses quand on se trouve soi-même au cœur du problème, quand on ne dispose d’aucun recul par rapport à la situation.
    Un recul que vont nous offrir deux femmes, vivant dans une autre dimension, du moins nous est-il donné lieu de le penser jusqu’au rebondissement subtilement mené de la fin. Il s’agit d’Esméralda, son ange gardien, personnage raisonné et un peu fantasque à la fois, dont la mission dans le ciel est de protéger « La Petite », en l’occurrence Claire. Une veilleuse d’âme accompagnée de son acolyte, Tomahawk, toutes deux chargées, à l’instar de Damiel et Cassiel dans le film « Les ailes du désir » de Wim Wenders, de recueillir les monologues intérieurs des humains. Si Claire est noyée dans le tourbillon de ses sentiments, de ses doutes, dans le tsunami que cette relation adultérine déclenche en elle, Esméralda permet à l’auteur d’apporter un éclairage distancié, critique, sans être dogmatique ni dénué d’humour sur l’éternel féminin.

    Le roman, rédigé à la première personne, crée une intimité extrême entre les trois femmes et le lecteur. On entre au cœur de leurs pensées les plus intimes, on partage leurs tourments, leurs joies, leurs doutes, leurs certitudes, sentiments qui se révèlent être les nôtres, hommes comme femmes, offerts en miroir. Troublante identification à laquelle nul ne peut échapper...
    Un roman à la frontière du réel et du fantastique, magnifiquement ciselé, tant au niveau de l’introspection féminine que de la construction, mêlant sensualité, sensibilité, humour et perspicacité.
    Autrement dit, un cocktail de talent à déguster sans modération et ...sans plus attendre !


Informations pratiques :

Prix éditeur : 18€
Nombre de pages : 271
ISBN : 978-2-35087-120-2

Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Mardi 29 septembre 2009


La mauvaise rencontre, Philippe Grimbert
Editions Grasset 2009


Ce roman de Philippe Grimbert est celui d’une amitié fusionnelle, entre Mando, et Loup, le narrateur, née dès leur plus jeune âge dans les allées du parc Monceau. Les deux garçons partagent tout, à la vie à la mort, des châteaux de sable aux premiers émois d’adolescents en passant par cette fascination pour le spiritisme. Une amitié qui semble indéfectible…

Et pourtant, à l’entrée dans l’âge adulte, dans le contexte universitaire chahuté des années 70, leurs chemins prennent des directions différentes. Mando choisit la voie du droit. Loup se passionne pour la psychanalyse.

A ce carrefour de leurs destinées professionnelles, Loup réalise combien cette amitié est inégale. Mando la conçoit comme exclusive, passionnelle, entière. Un absolu qui fait peur, phagocyte l’autre et ne supporte aucun manquement. Un trop plein d’amour face auquel Loup se sent coupable de ne pouvoir répondre, honteux de démériter. Ce déséquilibre dans l’investissement l’un envers l’autre se révèle alors être le signe d’un déséquilibre plus profond encore. Et terriblement inquiétant... Mais de ce dernier il convient de ne pas parler pour ne pas déflorer le suspens entretenu avec tant de dextérité par l’auteur. Car là se situe le cœur du roman.

 

Un roman magnifique sur l’amitié qui transparaît de même à travers d’autres personnages, comme Nine, la nurse de Loup dont il est le centre de la vie, Gaby, l’amie de sa mère qui l’emmène dans ses virées nocturnes dans Paris. Et de nous interpeller sur un sujet qui nous concerne tous : comment gérer les élans de tendresse et d’amour débordants des autres et la culpabilité qui en résulte ? De quelle fragilité ces manifestations excessives sont-elles la manifestation ? Comment réagir ? Joue t-on parfois malgré soi le rôle de bouclier contre la folie ? 

Dans un style d’une fluidité remarquable, où chaque indice nous est distillé de manière à maintenir la tension à son paroxysme, Philippe Grimbert analyse avec une extraordinaire finesse la psychologie des personnages, habille de mots sur mesure leurs maux, dans un souci constant du détail. On est emporté dans les tourbillons des pages, pressentant le drame qui se profile, avide de réunir toutes les pièces du puzzle pour découvrir le tableau final.
           Un récit intimiste brillamment mené.


Bibliographie :

Essais :

Psychanalyse de la chanson, Editions Les Belles Lettres- Archimbaud 1996
pas de fumée sans Freud, Editions Armand Colin 1999
Evitez le divan, Editions Hachette Littératures 2001
Chantons sous la psy, Editions Hachette Littératures 2002

Romans :

La petite robe de Paul, Editions Grasset 2001
Un secret, Editions Grasset 2004, Prix Goncourt des lycéens 2004 et adapté par Claude Miller à l'écran en 2007.

Renseignements pratiques :

Prix éditeur : 16€
Nombre de pages : 213
ISBN : 9782246756613


Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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Mercredi 16 septembre 2009

Les heures souterraines, Delphine de Vigan
Editions JC Lattès 2009

« Pourquoi ces rivières

Soudain sur les joues qui coulent

Dans la fourmilière

C’est l’Ultra moderne solitude » 

 

Les paroles de Souchon auraient pu accompagner la mélodie de ce récit. Avec justesse, fluidité, sobriété, l’auteur de No et moi revient sur ses thèmes chers : la solitude, la fragilité de l’existence, ces carrefours de la vie où tout peut basculer.

 

Mathilde est cadre supérieure en banlieue parisienne. Chaque jour, sa vie est rythmée par le triptyque « Métro, boulot, dodo ». Jusqu’à ce 20 mai où la répétition devient source de souffrance, insupportable, accablante... Les journées sont d’autant plus longues que ce travail qui la passionnait, qui lui valait reconnaissance et respectabilité, est aujourd’hui un enfer. Sans qu’elle n’ait fait quoi que ce soit qui le justifie, elle se retrouve mise au placard, transparente, quantité négligée et négligeable, dépossédée de toutes ses tâches. Les pratiques délétères sont légion. Brimades, vexations, injonctions paradoxales, isolement de la part de son supérieur, Mathilde tente de survivre à ce harcèlement moral, criblée de doutes, de culpabilité, alternant entre désespoir et colère. L’attaque récurrente de ses compétences, la mise systématique en situation de justification, le climat « persécutoire » finissent par la ronger de l’intérieur aussi efficacement qu’une armée de termites. Ses fondations sont d’une fragilité extrême. Son image d’elle-même très altérée. Et la précarité de l’emploi de générer chez ses collègues les symptômes bien connus du silence, de la surdité et de la cécité. Chacun pour soi, soi pour aucun.

Pour autant, Delphine de Vigan ne rédige pas une diatribe contre le monde de l’entreprise. Car si aujourd’hui ce lieu de travail est devenu pour Mathilde celui de la destruction, c’est grâce à cet emploi que quelques années plus tôt, elle a réussi à trouver un second souffle, à renaître. Mais aujourd’hui, le virage est pris à 180 degrés...

 

Thibault, lui, est médecin au service des Urgences Médicales de Paris. Au quotidien, il est confronté à la détresse humaine, à ses petits et grands maux, à la solitude des habitants des grandes villes qui parfois ne verront que lui dans leur journée. Tous les jours, il lui faut de plus se battre avec les embouteillages, l’urgence, le bruit. Ce 20 mai, il décide de mettre un terme à une relation amoureuse déséquilibrée et donc douloureuse : Lila l’aimait bien quand lui l’aimait tout court. Elle prenait. Lui donnait. Solitude affective, travail harassant, Thibault est usé, vidé. A bout de souffle. A bout de course.

 

Dans cette ville tentaculaire, grouillante, on se prend à espérer que ces deux êtres esseulés aux destins parallèles, aux souffrances et aux espoirs communs se croisent, se rencontrent, et enfin se trouvent. Car tous deux ont à se battre contre deux mêmes personnages, certes incorporels, mais néanmoins très présents et puissants : la ville et l’entreprise. On avance dans le récit avec cette attente fébrile. On suit les protagonistes dans leur course effrénée chapitre après chapitre.

 

Un roman sombre, traité brillamment, sans effet de style ni concession. 


Bibliographie :

Jours sans fin, Editions Grasset 2001
Les jolis garçons, Editions JC Lattès 2005
Un soir de décembre, Editions JC Lattès 2005
No et moi, Editions JC Lattès 2007. Prix des libraires 2008

Ouvrages collectifs :

Coeur ouvert in Sous le manteau, Editions Flammarion 2008
Mes jambes coupées, in Mots pour maux, Editions Gallimard 2008


Informations Pratiques :

Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 300
ISBN : 9782709630405

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Mardi 8 septembre 2009


D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère
Editions P.O.L 2009

Ce roman a été récompensé par plusieurs prix : Prix des lecteurs de l'Express, Grand Prix Marie-Claire du roman d'émotion, Prix Crésus.


     D’autres vies que la mienne : la mort, force de vie.


     Emmanuel Carrère, auteur sombre, souvent qualifié d’égotique, nous offre ici une œuvre magistrale. Un travail d’autant plus délicat que de son propre aveu, ce récit lui a été commandé par deux des  protagonistes. Comment parler de ce sujet tabou qu’est la mort, comment éviter que la compassion, inévitable ici, ne le mette, lui, en danger ? Après des hésitations, il vainc ses résistances premières et se lance dans le récit de ces vies auxquelles le hasard va lier inextricablement la sienne.

    
     Tandis qu’il se trouve en vacances au Sri Lanka, en 2004, il assiste impuissant à la détresse d’un couple dont la fillette de 4 ans, Juliette, est emportée par le tristement célèbre tsunami. Premier choc. Premier face à face avec la mort, le désarroi de parents endeuillés. De retour en France, malheureuse coïncidence, une autre Juliette, sa belle-sœur, se meurt d’un cancer, laissant derrière elle Patrice, son doux  mari, et  leurs trois adorables fillettes. Une femme qu’il connaissait jusqu’alors peu, à la santé aussi fragile que la détermination forte,  engagée en tant que juge aux côtés d’un confrère, Etienne, dans une lutte acharnée contre les abus des sociétés de crédit.

    
     Il réalise alors que ses problèmes ne sont que tout relatifs face aux épreuves traversées par ces êtres. Un nouvel horizon s’ouvre à lui. Une métamorphose intérieure doucement opère. Face à leur souffrance et leur héroïsme, il va en oublier son narcissisme, relativiser son mal de vivre et puiser la force de mettre à distance ses démons intérieurs en s'ouvrant aux autres. Parce qu’il est percuté en pleine face par la dure réalité que sont la fragilité de nos vies et de celles de nos proches, il va s’efforcer de vivre plus intensément la sienne au quotidien… et d’aimer.  Oui, celui qui  entretenait jusqu’ici une vision désabusée de l’amour conjugal, ne croyant guère en sa longévité, trouve en l’exemple des parents endeuillés de la petite Juliette et dans celui du couple formé par sa belle-soeur et son mari, la foi en un amour profond, durable, possible. Sa plume sobre et redoutablement juste se met au service de l’intensité des sentiments, des nécessaires concessions, de l’émouvante complicité propres à tout authentique amour. Et de consolider son couple en voie de naufrage. A travers la vie des autres, il renaît à la sienne, pacifié.

 

     Ainsi, si l’évocation de la mort est omniprésente, c’est pour mieux mettre en exergue le caractère précieux de la vie. En prise directe avec la réalité, l’auteur relate les faits bruts, dans toute leur crudité, avec une magnifique dignité, évitant avec brio l’écueil du misérabilisme. Parce qu'il nous confronte à nos propres angoisses existentielles, il nous renvoie inévitablement à nous.On est à notre tour emporté par la vague du tsunami, secoués, remués, chahutés, jusqu’à la page finale qui nous dépose en état de choc avec un regard neuf sur la vie.

 

     Le récit est dur, très dur, mais jamais glauque ni sinistre. Au contraire, c'est une ode à la vie, un hymne au combat dans tous les domaines (celui de la santé, du social, …). Une lecture qui enrichit et ennoblit l’âme. Car si la mort d’un enfant, le deuil, la maladie, l’injustice, la précarité, l’inhumanité bancaire forment l’étoffe de ce récit,  la trame n’en demeure pas moins et surtout l’amour… encore et toujours l'amour.

 
  "Peu de livres changent une vie, quand ils la changent, c'est pour toujours" écrit Christian Bobin dans La plus que vive. D'autres vies que la mienne fait partie de ces rares livres-là...

Bibliographie :

- Un roman russe, Editions P.O.L. 2007
-
L'Adversaire, Editions P.O.L. 2000
-
La Classe de neige, Editions P.O.L 1995 : prix Fémina
- Je suis vivant et vous êtes morts, biographie de Philip K. Dick, Editions Le Seuil, 1993
- Hors d'atteinte, Editions P.O.L. 1988
- Le Détroit de Behring, Editions P.O.L. 1986
-
La Moustache, éd. P.O.L. 1986 : prix Europa Cinemas
- Bravoure, Editions P.O.L. 1984
- L'Amie du jaguar, Editions Flammarion 1983
- Werner Herzug, Editions Edilig 1982


Informations pratiques :

Prix éditeur : 19.5 euros
Nombre de pages : 309
ISBN : 9782846822503



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Mercredi 2 septembre 2009







Des vents contraires, Olivier Adam

Éditions de l’Olivier 2009.


 

 

      Interrogation douloureuse de la fillette lovée contre son père : « Elle me manque trop maman. Pourquoi on ne va pas la rejoindre ? » Lui : « Parce qu’on ne sait pas où elle est. » Manon : «Oui mais si elle est morte. Si elle est morte on n’a qu’à mourir tous les trois comme ça on sera avec elle. » Avec elle… Elle, c’est Sarah, qui un an plus tôt a disparu en laissant son mari Paul, et ses enfants, Manon 4 ans et Clément 8 ans dans un état d’angoisse paroxystique. Accident ? Nouvel amour ? Besoin de prendre de la distance quelque temps ? Accès de folie ? Aucune piste. Aucun mobile. Contres vents et marées, Paul veut garder le cap sur l’espoir qu’elle revienne, éviter son propre naufrage et surtout celui de ses enfants auxquels il voue un amour fou.

 

      Seul face à ces questions sans réponse, Paul décide de retourner sur les terres bretonnes de son enfance, là où sont ses racines. Un nouvel horizon pour un nouveau départ. Ses tumultes intérieurs sont le reflet du climat et des paysages de cette région qu’il décrit dans un langage simple et très imagé : la lande sauvage comme son côté de gentil bourru, les tempêtes et sa rage alternant avec la douceur du soleil et son infinie tendresse, les falaises de granit résistant au fracassement des vagues à l’instar du roc qu’il se doit d’être vis-à-vis de ses enfants.


      Et comme si survivre à cette femme et mère absente ne suffisait pas, son âme de Saint-Bernard le conduit à aussi offrir son soutien, avec plus ou moins de bonheur, aux éclopés de la vie qu’il croise sur sa route. Un ours au cœur tendre. Un homme déboussolé puisant dans l’énergie du désespoir et l’amour viscéral qui le lit à Manon et Clément, la force d’affronter les vents contraires.

      Un roman poignant, sensible, au ton extraordinairement juste.

 

            Ce roman a reçu le Grand Prix RTL-Lire 2009  

 


Bibliographie
 :
 

A l’abri de rien
, Éditions de l’Olivier 2007. Prix France Télévisions 2007 et prix Populiste 2007.

Falaises, Éditions de l’Olivier 2004

Passer l’hiver, Éditions de l’Olivier 2005. Bourse Goncourt de la nouvelle

Poids léger, Éditions de l’Olivier 2002

A l’ouest, Éditions de l’Olivier 2001

Je vais bien, ne t’en fais pas, Éditions Le Dilettante 2000

 


Informations pratiques
 :
 

Prix éditeur : 20€

Nombre de pages : 255

ISBN : 9782879296463

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Mercredi 19 août 2009


Aïe love you, de Christine Spadaccini
Editions Mic-Mac, 2006

Avec Aïe love you, l’auteur nous entraîne de manière hors-norme dans une histoire d’amour adultérine : imaginez en effet 200 pages rédigées …en langage « made In SMS »! Un mode d’écriture certes ultra moderne, mais que l’on imaginait se prêtant peu au style littéraire. Jusqu’à ce que ce livre nous prouve brillamment le contraire. Pari relevé et réussi ! Seule Christine Spadaccini, jongleuse de mots hors pair, géniale acrobate du verbe, pouvait réaliser une telle prouesse. Elle n’a pas son pareil pour jouer avec les mots, les triturer, les tricoter, les faire bondir, rebondir, chanter, enchanter.


Et de nous entraîner dans les échanges frénétiques de Katia, et Brice, voisins de pallier, la première célibataire, le second marié. Sur l’écran de leurs portables, les SMS prolongeront leurs instants volés dans des chambres d’hôtels, leurs regards et baisers furtifs dans la cage d’escalier. Ils seront leur fil rouge. Sur le clavier de leurs téléphones ils vont se pianoter des mélodies à 160 caractères, pianissimo, allegro, puis piano forte, jusqu’au bout de la nuit, jusqu’à épuisement.

Notes envolées, poétiques, érotiques, sensibles, passionnées sur une partition de je T’M  profonde, entrainante, tantôt douloureuse, tantôt chantante, toujours si juste...

 

 

Extrait :

31 octobre 2001 14h37 de Brice :

On s’est dit vous

On s’est dit tu

On s’est tout dit

On s’étourdit

On s’est divan

J’sais même plus

C’qu’était ma vie

Avant…

Du vent

 

 Je vous recommande "Existe-en-ciel", du même auteur, Editions Mic-Mac ( voir critique faite ici), un bijou de sensibilité.


Bibliographie


Existe en ciel, Editions Mic-Mac 2008
Aïe love you, Editions Mic-Mac 2006

Informations pratiques

Prix éditeur : 11.88€
Nombre de pages : 210
ISBN : 9782952573146

                                                                                             
Par Koryfée - Publié dans : Lu par Koryfée
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