Jeudi 14 juin 2007

 Bulles.JPG






Assise sur un banc, elle contemplait la vie en spectatrice. Depuis son départ elle demeurait en coulisses, silencieuse et  discrète, se mêlant à la foule sans y marquer son empreinte.
Du square voisin elle avait fait sa scène de théâtre , scène où à leur insu, les inconnus jouaient pour elle la pièce de la vie. Elle s'y rendait chaque jour vêtue de son kimono de soie rouge framboise et de son ombrelle, serrant contre son obi un livre, toujours le même, le dernier qu'il lui avait offert.

Ce jour-là, son oreille cueillit soudain des rires cristallins, frais comme le chant d'une cascade. Elle tourna la tête et aperçut un petit garçon soufflant sur des bulles de savon.

Son regard s’arrêta sur ses cheveux blonds comme les blés. Comme LUI.
Au regard d’un bleu presque iréel volé à l’azur des cieux. Comme LUI.
A la silhouette longue et élancée. Comme LUI.
 
LUI petit.
Peut-être.
 
Impossible de détacher son regard de cet enfant, de ce petit bonhomme qui contemplait les bulles de manière extatique. Il prit très vite le rôle principal dans son théâtre intime, n'ayant pour tout metteur en scène que ses émotions. 
Les bulles, légères, dansaient et virevoltaient sous la brise. Petites ballerines ondoyant sous la chorégraphie du vent.  Tutus d’eau et de savon diaprés sous le soleil de printemps. Fragiles et éphémères.
L’une d’elle frôla son visage, prenant appui sur sa joue avant de s’envoler. Il la captura dans le lasso de ses yeux. Puis il décida de se l’approprier. 
Il voulait la faire danser sur la paume de ses mains, se mirer dans sa surface moirée. Or la bulle multipliait les arabesques, les sissonnes, les entrechats et n’entendait pas tirer sa révérence. Alors le petit garçon l’appela :
-Bulle, ne pars pas ! Reste avec moi !
Mais la bulle dansait, dansait, aérienne, et restait sourde à ses appels.
Il se mit alors à la poursuivre.
Il courut de toutes ses forces, bras levés au ciel, derrière son diamant volant.
Le vent tourna. La bulle près de lui repassa.
Il jubila.
Il tendit ses petites mains sucrées.
-Viens, je ne veux pas te faire de mal !
Elle ne se méfia pas de cette peau délicate à la douceur de soie et s'approcha.
Il referma ses mains sur elle…
 


Il y avait déjà plusieurs heures que le spectacle était terminé. La veilleuse de la lune avait remplacé les spots solaires. Les rideaux bleu nuit parsemés d'étoiles étaient tombés. Tous les acteurs avaient quitté la scène. 
Seule sur son banc, ombre chinoise dans le halo lunaire, elle attendait.
Figée dans son ankylose.
A la même place.
Sur le même banc.
Qui attendait-elle ?
LUI ?
Comme la petite bulle, entre ses mains son cœur avait éclaté.

Bercée par les flots de la Seine
Assise devant la scène, 
Elle attendait.

Aux premières lueurs de l'aube, 
Lorsque le soleil sortit du lit des flots, 
Sur les deux L de son pronom,  
... elle s'envola.
D'elle, il ne restait plus que deux "e".
Eux.
Dansant ailes contre ailes dans l'azur des cieux.

Et sur le banc, feuilles battant au vent, son livre :  "Avant, pendant, après"...

                                                                                                        Koryfée
 
    



Parisis.jpg

"Avant, pendant, après" de Jean-Marc Parisis.
Editions Stock (mars 2007)

Rencontre, passion, rupture. Un triptyque amoureux « banal » que l’auteur parvient pourtant ici à traiter de façon inédite et brillante. Une fois n’est pas coutume, c’est l’homme qui parle, qui nous livre les tranches de sa vie avant, pendant, après sa rencontre avec Gail, la jeune femme qui va révolutionner son existence. Lui, c’est François Roman, parolier à succès. Malgré les centaines de chansons d’amour inscrites à son registre, il réalise qu’il ne connaissait rien à l’amour jusqu’alors. Juste des mots inscrits sur des partitions, sans aucun véritable ancrage dans sa vie. Avec Gail, ces textes vont trouver tout leur sens, gagner en densité, s’animer enfin. Il n'écrit plus seulement des chansons d'amour, il VIT cet amour, dans toutes ses nuances. Et nous le fait vivre.
Avec la minutie d’un chirurgien, Jean-Marc Parisis opère à une mise à nu des sentiments amoureux, de leur naissance à leur agonie, en passant par leur envol. Des cimes aux abîmes, de l'ivresse à la détresse, j'ai lu ce roman d’une traite, emportée par un style vif, un langage tantôt romantique, tantôt cru mais jamais obscène.
Emouvant. D'une justesse sidérante. 

Jean-Marc Parisis : Avant, pendant, après. Editions Stock, mars 2007.
 
 
Quatrième de couverture :
« Je m’en souviens comme si c’était hier, d’un hier qui ne serait pas séparé d’aujourd’hui par la nuit. Accoudée au balcon, elle fumait en passant une main dans ses cheveux. La première fois que je l’ai vue, je ne l’ai pas vue, je l’ai aimée de dos. Je savais que lorsqu’elle se retournerait, ce serait pire. Blonde avec des traits de brune. Ses yeux brillaient d’une lumière mystérieuse et familière qui semblait venir du fond de l’enfance. Son visage n’avait pourtant rien d’enfantin, il signalait l’enfance sans la retenir. Elle me regardait, elle regardait ailleurs. Elle portait un vague danger, avec cet air d’en savoir trop et pas assez. »
 
 
Ce roman vient de se voir décerner le prix Roger Nimier 2007.
par Koryfée publié dans : La baguette de Koryfée
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Commentaires

Voilà un blog qui te ressemble, voilà un blog où Koryfée pourra laisser libre cours à son inspiration, voilà un blog que je viendrai visité souvent.

Bises.
commentaire n° : 1 posté par : genfi (site web) le: 14/06/2007 20:50:27
Je n'ai de fée que mon pseudo, et pourtant c'est bien la magie qui a opéré puisque je découvre, ô miracle, une bouteille à la mer en provenance d'Orange, laquelle me délivre un bien beau message (et un cocktail de vitamines !). 
Merci à toi, Genfi, pour tout et bien davantage. Mes baguettes en tambourinent de joie !
réponse de : Koryfée (site web) le: 14/06/2007 20:56:05
Genfi a eu le premier mot et le mot juste: ce blog te ressemble, Koryfée, c'est ton..."jumots"! Je suis tellement contente de cette petite fenêtre ouverte sur l'univers de ma fée préférée, je vais donner son adresse partout! Tu vois, il a suffi de quelques mots pour la découper et que d'un coup elle se mette à briller, attirant dans son cadre fleuri des bulles de savon, des framboises qui volent et les papillons de nos yeux impatients! Bulles de savon...c'est un texte tellement joli et émouvant, une introduction magnifique au livre de Jean-Marc Parisis. Des critiques comme ça, j'en veux tous les jours! Et puis la bulle de savon a peut-être éclaté mais c'est pour que que les mains du bambin glissent plus facilement dans celles de son amoureuse qui se tendent. C'est comme les coeurs, parfois ils se brisent, c'est vrai, mais il y a toujours un artiste pour récupérer les petits morceaux et en faire une nouvelle oeuvre d'art, un à un, il recolle, redore, recrée, il s'appelle Amour...
commentaire n° : 2 posté par : Kiki (site web) le: 15/06/2007 12:05:01

Ma reine Kiki, marraine de cet univers koryféen ! Quelle ineffable émotion de te lire !
 Mon "jumots", voilà une définition qui me touche au coeur et une expression fidèle à la jongleuse experte de la langue que tu es.
Oui, comme tu l'écris si joliment, la petite fée en papier de soie s'est transformée en origami, a donné quelques coups de baguettes sur son clavier azerty et a ouvert la fenêtre de son inspiration sur l'espace internaute. Fée-funambule, avançant vertigineusement avec son ombrelle et le balancier de sa plume sur le fil des mots...
Et tu as tellement raison : il est possible de rassembler les fragments de soi, de ces lambeaux de faire de la soie, de leur mêler des parfums, des images, des souvenirs, des rêves, pour obtenir un coeur patchwork  qui bat à nouveau...
Merci, Kiki !

 

réponse de : Koryfée (site web) le: 15/06/2007 13:48:30
Kiki m'a informé que tu as enfin mis tes mots,textes et autres dessins en ligne et je me suis pris à l'hameçon.J'ai mordu à pleines dents dans l'appât et maintenant je nage dans le bonheur. Tu as sorti ton épuisette et pleins de petits poissons garnirons ton blog-filet.
commentaire n° : 3 posté par : le gérant (site web) le: 15/06/2007 17:34:53
Le gérant ! Mais c'est une pêche (fruit ou poisson ?) miraculeuse que je fais en ces flots internautes ! Arigato ! Avec ces mots si délicats qui fondent sur le palais de mes prunelles, je vais pouvoir préparer de délicieux sushis -))
Je suis vraiment très touchée par tes propos et espère que tu prendras toujours autant de bonheur à nager en ces lieux ( d'ici à ce que sous peu, ton corps se recouvre d'écailles de poisson, fais attention ! ). 
Quant à mes dessins, pastels ou sanguines, ce ne sont pas eux (pas encore) qui bordent ces rivages, mais les estampes de grands artistes nippons. Je ne leur arrive pas au obi !


Et merci à Kiki, mon attachée de presse empressée !
réponse de : Koryfée (site web) le: 15/06/2007 19:07:12
Quelle émotion d'assister à la naissance de ce petit bout de toi.
Je n'ai ni les mots magiques et virevoltants de Kiki, ni la poésie du Gérant, mais je te souffle une bulle du Grand Nord, en espérant qu'elle arrive jusqu'à toi et qu'elle laisse s'éparpiller, en éclatant sur le bout de tes doigts, des millers de lucioles dorées, pour continuer d'illuminer ton clavier !
commentaire n° : 4 posté par : Bridget (site web) le: 16/06/2007 23:11:19
Bridget ! Avant de mettre la plume à l'étrier, je fais un petit détour par les rives koryféennes et découvre que tu t'y es promenée. Comme cette journée commence joliment ! Et détrompe-toi : ce que tu me dis est empli de poésie et me va droit au coeur. 
Et de tressaillir en te lisant : la prochaine nouvelle est déjà rédigée... et évoque des lucioles dans les yeux (expression qui m'est familière et qui montre que tu es une koryfidèle !). De même que je sursautai hier en lisant le roman qui l'accompagnera et qui évoque ces adorables petits insectes lumineux. Lumineux comme tes mots dans le ciel de cet écran. Un vrai rayon de soleil.
Merci, Bridget !
Signé : koryfeémue...
réponse de : Koryfée (site web) le: 17/06/2007 06:57:28
Enfin! Depuis le temps que nous attendions ce moment... Bravo Koryfée de t'être lancée dans cette jolie initiative ou tes mots rendront heureux beaucoup d'entre nous.
Hop dans ma blog-roll illico.
Je vais suivre ce blog de très près.
commentaire n° : 5 posté par : Mandor, président de la FAPM (site web) le: 17/06/2007 09:47:40
Mandor ! Tu es (m)a(n)dorable. The president himself un jour d'élections, je suis koryfeélue personne la plus heureuse de l'univers à l'unanimité de moi-même ! 
Merci infiniment pour tes encouragements, lesquels me sont précieux. Et puis, tu es quand même pour quelque chose dans la naissance de ce blog, non ? Souviens-toi d'un certain dimanche de mars dans les allées du salon du livre, à proximité du "Bar de l'univers"... L'idée du blog a germé là.
Et quel honneur d'être "blog-rollée" chez toi ! D'ici à ce que je demande désormais à sortir avec une escorte de motards, la tête grosse comme une pastèque !
En tout cas, "bienvenu chez moi, tu seras bienvenu chez moaah" !
Signé : koryfée-sa-florent-pagny
réponse de : Koryfée (site web) le: 17/06/2007 10:21:41
On dirait que l'univers de Koryfée vient de commencer son expansion...
commentaire n° : 6 posté par : genfi (site web) le: 17/06/2007 23:49:46
Oui, Genfi. Vos commentaires si chaleureux sont autant de ponts jetés entre mon îlot et vos rives. L'univers de Koryfée (je fais ma Alain Delon et parle de moi à la troisième personne ! Est-ce grave , Docteur ? ) n'est déjà plus une île mais une presqu'île reliée au continent des autres. Au vôtre. 
Je rêve de multiplier ces ponts de mots, que vous preniez autant de plaisir à les emprunter que celui que j'éprouve à aller à votre rencontre. 

Bises koryféennes à toi.
réponse de : Koryfée (site web) le: 18/06/2007 07:48:53
Félicitations pour cette naissance ! J'espère que nous découvrirons bientôt ici aussi les oeuvres de l'artiste peintre ! Impatiente, je suis ! Et me dépêche aussi de lienniser ce site chez moi !
commentaire n° : 7 posté par : Marie (site web) le: 18/06/2007 08:56:04
Merci, Marie, pour vos encouragements ! Une naissance qui ne se fit pas sans appréhension, tant montrer mes petits rejetons est intimidant. Les dessins au pastel sec et à la sanguine (artiste peintre est un bien grand mot pour la barbouilleuse que je suis !) et les manuscrits tiroirisés sortent tout doucement de leur léthargie. Un jour, peut-être, lorsqu'ils se sentiront suffisamment solides (et leur maman moins inquiète pour eux surtout !) voleront -ils dans le ciel de cet écran. Pour l'heure, ils sont encore dans le nid mais pépient d'impatience.
réponse de : Koryfée (site web) le: 18/06/2007 18:53:55
Longue vie à votre blog....
Le menu est alléchant, je repasserai souvent.
commentaire n° : 8 posté par : K. (site web) le: 18/06/2007 10:03:41
Ciel, me dis-je en voyant votre signature, me serais-je envoyé un commentaire ? Car c'est ainsi que bien souvent, je signe mes messages : "K. " Mais non, il s'agissait bien d'un(e) autre K., le cas de le dire ;-)
Je suis koryfeémue que mon menu vous ait plu et que l'eau pointue de vos vagues vous ait porté(e) sur mon rivage. Bienvenu(e) dans mon univers et à bientôt je l'espère !
réponse de : Koryfée (site web) le: 18/06/2007 19:00:51
Nouvelle passionnante, comme tout ce que vous écrivez d'ailleurs...
@ bientôt dans une de vos lettres, je l'espère...
commentaire n° : 9 posté par : emmadore le: 03/07/2007 15:42:01

Chère Emmadore, quelle émotion  de découvrir ces bulles soufflées par la brise orléanaise ! Je suis ravie que cet univers vous plaise. Bienvenue ici !
Oui, je dois dire qu'entre cette aventure koryféenne, les heures d'écriture matinales, le bonheur des transports parisiens et la journée de travail, je n'ai plus guère le temps de mettre la plume à l'étrier pour répondre à ma correspondance. Mais je ne vous ai pas oubliée, rassurez-vous !

Merci encore.
A très vite !

réponse de : Koryfée (site web) le: 03/07/2007 20:08:56
Je viens de chez Genfi et je trouve ton blog riche et très original. Bien que le mien soit très différent, je fais aussi des fois des fiches de lectures et je trouve les tiennes vraiment bien faites. Il y a déjà 2 bouquins que tu me donnes envie d'acheter..
Carmen
commentaire n° : 10 posté par : Carmen Molina (site web) le: 08/08/2007 10:59:38
Bienvenue à toi, Carmen, et avec un visa Genfi, te voilà même doublement bienvenue sur le rivage koryféen !
 Je suis ravie que tu eusses puisé des idées de lecture, le but étant de partager avec le plus grand nombre ces livres qui nous ont valu d'ineffables transports. Je vais aller dès que possible faire une immersion dans ton univers.
A très bientôt !
réponse de : Koryfée (site web) le: 08/08/2007 16:31:26

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