Samedi 21 juillet 2007
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Naoko avait épousé Rinri cinq ans plus tôt, un 14 février. Un homme d’apparence sensible et doux. D’apparence seulement. Au fil du temps, il s’était révélé colérique, irritable. Un autre. Dans de tels moments, ce n’était plus l’homme respecté et respectueux qui se trouvait face à elle, mais un volcan en irruption qui déversait sa lave fielleuse. Une lave qu’il ne réservait qu’au cercle de ses intimes : amour, parents, amis.
Ira furor brevis est. La colère est une courte folie, dit-on. Sauf que dans son cas, les colères se multipliaient, de plus en plus virulentes, de plus en plus imprévisibles.
Comme aujourd’hui.
Elle vit son ombre s’éloigner derrière le paravent et s’effondra sur le futon, en larmes, le corps secoué de spasmes convulsifs. 
Son cerveau fatigué et molesté se mit alors à divaguer. Une petite voix sarcastique s'éleva en elle . De quoi se plaignait-elle ? Puisqu'il réservait sa face obscure  aux êtres qu’il aimait,  alors elle devait s’en réjouir, le prendre comme une preuve d’amour ! Elle laissa échapper un rire fou mêlé de sanglots. Ô Rinri, comme je suis honorée ! Et dire que j’ai failli t’en vouloir, me comporter en ingrate, alors que ta colère fait de moi ta favorite, ton élue ! Ô mon roi, je te servirai, chanterai tes louanges et m’agenouillerai devant toi ! Je te baiserai le front, chaque phalange des mains, chaque orteil des pieds ! Je serai ton humble servante, la plus dévouée, la plus fidèle ! Ô Rinri, je t’en supplie, continue à éructer ! Sois mon Vésuve et je serai ta Pompéi ! Déverse sur moi des déluges de lave fielleuse ! Ensevelis-moi sous la cendre de ta face obscure  et transforme mes jours en nuit éternelle ! Ô Rinri, lapide-moi d’une pluie de lapili aiguisés à la pierre de ta haine ! Ne t’éteint pas, Ô mon vénérable Vésuve, carbonise-moi sous tes flux de roches en fusion, ravage-moi, dévaste-moi ! Fais-moi suffoquer de douleur sous tes émanations de surges ! Gronde Rinri, gronde, que mon corps soit parcouru de secousses sismiques de la pointe des cheveux à celle des orteils, que mes fondations en tremblent de peur , que ta bouche en digne cratère du Mont Soma fasse jaillir des nuées ardentes de mépris ! Je serai ton gisant, Ô Rinri, et mon corps, recouvert sous les mètres cube de cendres de notre passion, gardera à tout jamais l’empreinte de ta démoniaque violence. 
                
                Le silence se fit à nouveau dans sa boîte crânienne. Son regard s’arrêta sur la photo de son époux.
Elle n’accepterait plus.
Jamais.


                                                                                          Koryfée


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L'amour est très surestimé, de Brigitte Giraud.
Editions Stock, mars 2007

Dans ce court recueil de nouvelles, dont le titre est emprunté à une chanson de Dominique A., Brigitte Giraud dissèque avec une justesse chirurgicale le thème du couple et du naufrage de l’amour. Un scalpel manié avec une pudeur, une sensibilité et une subtilité extrêmes. Un réalisme confondant qui nous fait pénétrer dans l’intimité de onze couples.
Fin d’un amour par choix ou subie, soudaine ou prévisible, elle décrit sans jamais verser dans le mélodrame ni le cliché les idylles qui agonisent.
Ainsi passe t-elle en revue les petits détails du quotidien qui deviennent source d’agacement et érodent insidieusement la fougue des débuts La fin de l’histoire, les conséquences de tels déchirements sur les enfants vus par les adultes Dire aux enfants ou par les enfants eux-mêmes L’année de mes dix ans, l’importance ou la futilité des objets achetés en commun et à se partager désormais Les objets.
L’avant, le pendant, mais aussi l’après rupture. Comment vivre avec l’absence de l’être aimé La juste place ? Comment surmonter sa peur d’aimer à nouveau L’habitude ?
Et de conclure sur les vertus lénifiantes du temps pour cicatriser toute blessure Le temps a passé. « Quand je vois autour de nous le vertige des naufrages amoureux, l’illusion de la liberté convoitée, le fantasme de l’instant exalté, de la jouissance sans limites, quand j’entends les conversations alimentées par la douleur d’aimer ou de ne plus aimer (…), j’ose me tourner vers toi et te redire que je t’aime. (…). Si je devais dire oui à nouveau ce soir, alors je dirais oui pour une vie entière à tes côtés. (…). C’est une affaire entre toi et moi, n’est-ce pas, disons plutôt entre moi et moi, parce que j’ai pris l’habitude de parler toute seule dans le noir depuis que tu n’es plus là. »
On arrive à la quatre-vingt douzième et dernière page avec un seul regret : que ces nouvelles, comme ces histoires d’amour, soient déjà finies. On aimerait en lire davantage !
par Koryfée publié dans : La baguette de Koryfée
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Commentaires

Naoko a bien grandi depuis l'épisode de la lettre au facteur! La pauvrette est tombée sur un bien vilain époux qui l'empêche de s'épanouir et d'embaumer, comme ces fleurs qu'elle aime tant. Par contre, toi, Koryfée, t'as encore réussi à ramasser notre coeur entre tes baguettes, t'as le chic pour nous concocter de délicats sushis de lecture, coeur tendre sous son enveloppe de riz amer... On a envie de continuer à te lire! Et aussi Brigitte Giraud, du coup. Tes introductions sont de véritables petits écrins pour les livres que tu présentes! (sinon, mon recueil à moi aussi il est très court...j'espère que tu l'aimeras quand même!)
commentaire n° : 1 posté par : Kiki (site web) le: 22/07/2007 13:51:56
Naoko a bien grandi en effet. Elle a  mangé son riz blanc, ri jaune, mais grâce à la pointe de sa baguette trempée dans l'encre de Chine, elle a trouvé la recette pour faire refleu-riz-re le sou-riz-re, a transformé les soucis en sushis et a quitté le "maki" de la peine. Sak(r)é remède !
Les fleurs embaument toujours, il suffit de les nourrir à la sève de l'encre pour les faire fleurir sur des jardins de papier ou dans le terreau des souvenirs...
Ce recueil de nouvelles (11 ! Le chiffre d'une certaine porte ;-) ) de Brigitte Giraud est  en effet très bien écrit. Elle évite avec brio l'écueil du pathos, évoque avec une infinie justesse les petits arrangements avec la rage, le mensonge, la blessure et l'impossible oubli qui accompagnent toute fin d'un amour. Elle nous fait pénétrer à un degré rare dans l'intimité de ses personnages, nous fait vibrer, frémir avec eux. Bouleversant. Un livre que j'ai dévoré d'une traite. Et que je relirai.
Quant à ton livre à paraître très bientôt aux éditions Mic-Mac, dont le seul titre "Existe-en-ciel" révèle la jongleuse de mots, la poète d'une vibrante sensibilité que tu es, il me tarde de le lire !!! http://christinespadaccini.hautetfort.com/Tout ce qui nait sous ta plume me bouleverse et le coin de ciel bleu que j'ai entrevu de ton recueil n'a pas fait exception à la règle. Il me tarde de le découvrir, que dis-je, de le dévorer ! Vite, vite, qu'il sorte des presses, je suis pressée !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! 

Signé : Koryfée-impatiente-de-te-lire
réponse de : Koryfée (site web) le: 22/07/2007 20:10:53
La problématique des femmes battues est complexe. On peut comprendre mais pas expliquer les raisonnements qui poussent à accepter de tels comportements.

La manière, touchante, dont tu as abordé le sujet - introspection au scalpel du ressenti - me semble pertinent. Semble car personne ne peut mieux en parler qu'elles. Haine ? Non, preuves d'amour.Victime ? Non une coupable désignée qui trouvera des excuses à son bourreau...

"Puisqu'il réservait sa face obscure aux êtres qu’il aimait, alors elle devait s’en réjouir, le prendre comme une preuve d’amour ! Elle laissa échapper un rire fou mêlé de sanglots. Ô Rinri, comme je suis honorée !"

Quelle triste abnégation d'elle même, cage dorée dans laquelle Naoko a été enfermée...
commentaire n° : 2 posté par : DCANCY (site web) le: 22/07/2007 15:05:48
Je trouve ta réaction d'autant plus intéressante qu'elle me montre qu'il y a plusieurs lectures de cette nouvelle. En effet, je n'avais pas pensé à la violence physique ( celle subie par une femme battue) mais à la violence verbale. Encore qu'inconsciemment...
Ces deux formes de violence, bien que dans la vie courante l'on ait tendance à condamner la violence physique car visible et à relativiser la violence morale , se rejoignent  à mon sens dans l'intensité des traumatismes laissés. Les coups de fouets mentaux donnés par les mots sont aussi redoutables que les coups physiques, voire leur survivent dans l'âme. Leur invisiblité ne les rend pas plus inexistants ni indolores.
La problématique des femmes battues, des enfants battus, de toute personne violentée physiquement et/ou psychologiquement est en effet très complexe. Je ne suis pas psy et ne me permettrais pas de faire une analyse ni de prétendre détenir une quelconque vérité. 
Ce que je puis en dire c'est que je pense que "l'acceptation" ,ou tout du moins pendant un certain temps ,la résignation des victimes, ne vient pas du fait que ces personnes soient masochistes, loin s'en faut, mais de leur dramatique manque de confiance en elles, de ce sentiment exacerbé qui est leur de n'être pas aimables au sens "dignes d'être aimées" . Elles pensent donc mériter ces reproches, ces sévices. Le bourreau les déstabilise tellement, les avilit tant, qu'elles perdent tout repère, toute estime de soi (pour autant qu'elles aient déjà eu le temps de s'en forger une s'il s'agit d'enfants battus...). Elles finissent par se vivre responsables de ce qui leur arrive : si le bourreau ne se sent pas bourreau, la victime, elle, finit par se sentir coupable. 
C'est le monde à l'envers...
réponse de : Koryfée (site web) le: 22/07/2007 20:30:51
C'est toujours superbement bien écrit, et dans cette magnifique envolée lyrique tu arrives à nous faire toucher du doigt l'ambiguité de la violence conjugale.

encore bravo à toi.

Bises.
commentaire n° : 3 posté par : genfi (site web) le: 28/07/2007 00:41:26
Ah, Genfi ! Ravie de ton passage ensoleillé sur ces rives. Avec ce temps gris parisien, un "zeste" d'Orange réchauffe indiciblement. ;-)

Oui, les rapports victime-bourreau, qu'ils surviennent dans le domaine conjugal, familial, amical, professionnel ou autre,  semblent souvent simples vus de l'extérieur, mais s'avèrent extrêmement complexes en réalité. Un écheveau que les parties prenantes elles-mêmes ne parviennent bien souvent pas à démêler, n'ayant conscience ni de tous les tenants, ni de tous les aboutissants. D'où le fait que de telles situations perdurent alors qu'il paraît si simple pour un témoin extérieur de se dire : "Mais la victime n'a qu'à se révolter, répondre, partir ! " Je n'ai pas toutes les clefs qui ouvrent les portes de ces relations ô combien délicates, complexes, diverses, loin s'en faut, mais je suis interpellée par ce sujet et surtout  révoltée par la violence sous toutes ses formes. D'où ce désir de lui consacrer ce texte , extrait en réalité d'un de mes romans et remanié à la sauce koryféenne.

Bises
réponse de : Koryfée (site web) le: 29/07/2007 20:29:45
Fatigue ou sous-entendu ? Je n'avais pas réalisé qu'il s'agissait de violence psychologique. Effectivement, les deux sont intimement liées, l'une découle de l'autre. Elle demeure bien plus insidieuse (la métaphore classique des cicatrices du passé demeure un parfait exemple), l'oubli ou le pardon ne parviennent pas à déraciner le mal.

Le bourreau justifie ses actes en retournant la situation. D'un acte lâche, il érige une sentance paternaliste, honteusement justifiée à leurs yeux. Il s'agit également d'un manque de confiance en soi. Mais rabaisser les autres n'est qu'une ruse pour se sentir grandi.

En tous cas, après cette pitite parenthèse, je tiens à signaler ravi de découvrir Koryfée sous un nouveau jour ! Tu regorges de facettes, promptes à livrer et à dévoiler la diversité de l'artiste.

Le mystère Koryfée continue...
commentaire n° : 4 posté par : DCANCY (site web) le: 28/07/2007 14:03:10

Hello Dav' ;-)

Tu n'avais pas réalisé qu'il s'agissait de violence psychologique mais en fait, tu n'avais pas les éléments pour le deviner. Je m'explique : ce texte est en réalité extrait d'un de mes romans, histoire d'une relation de domination psychologique entre deux protagonistes. Sorti de son contexte, comme dans le cas présent, et remanié version asiate de surcroît, il se prête à bien des interprétations et la tienne en était une illustration tout à fait pertinente ! Et comme tu le notes fort justement, ces deux formes de violence sont souvent liées...

"Rabaisser les autres n'est qu'une ruse pour se sentir grandi" écris-tu. Tu as tellement raison ! Cela m'évoque cette phrase de Lacordaire à laquelle j'adhère entièrement : "Nous devrions savoir que diminuer quelqu'un ne peut jamais nous grandir". Rien ne justifie la violence, pas même le combat de la violence elle-même.

Quant à tes éloges, elles me touchent au coeur. 
Vraiment.
Merci, merci, merci.

Signé : Koryfée-carlate-sous-tes-encouragements :)))

réponse de : Koryfée (site web) le: 29/07/2007 20:49:52
Quelle émotion de te lire à nouveau Koryfée. Tout a été dit dans les commentaires précédents. Cette violence psychologique, perfide et destructrice, est tellement difficile à combattre... Quant à ton roman dont cet extrait a été remanié, comptes-tu le laisser s'envoler celui-ci ? S'il peut aider ne serait-ce qu'une personne à mettre des mots sur la souffrance qu'elle endure, ça vaut le coup non ?
commentaire n° : 5 posté par : Bridget (site web) le: 30/07/2007 20:04:23
Ravie de te retrouver Bridget ! Et ce sera le chassé-croisé, hélas,  puisque tu reviens de vacances tandis que je marque une pause.

Si pour la première fois sur ce blog j'ai dévoilé un extrait de l'un de mes romans, c'est en effet parce que ce petit être d'encre et de papier aspire à s'émanciper du nid de maman Koryfée, à battre des ailes ( et ce faisant il en ferait pousser à sa maman) . Je suis en attente de réponses, l'ayant présenté en effet à des éditeurs. Ce sujet de la violence dans toutes ses acceptions me tient particulièrement à coeur . Mettre des mots sur les maux, voilà ce que ce manuscrit s'est proposé de faire. Puisse t-il ne pas être une épreuve à la lecture pour les éditeurs et se décliner en épreuves pour moi ! Je croise mes baguettes.
réponse de : Koryfée (site web) le: 30/07/2007 22:09:17
Etant donné que je me sens concernée par le thème, tu me donnes envie de me procurer ce bouquin !
commentaire n° : 6 posté par : Brigitte (site web) le: 15/08/2007 21:55:18
Chère Brigitte, 

Ce livre m'a beaucoup touchée et je me réjouis de voir que mon enthousiasme soit contagieux !  Je voudrais déclencher une véritable pandémie à chaque fois qu'un livre me transporte comme ce fut le cas avec ce présent recueil de nouvelles. L'auteur nous offre un panel d'histoires d'amour criantes de vérité, porte un regard à la fois lucide mais non désabusé ni aigri sur ces amours que l'on êut rêvé voir rimer avec toujours...
 Bonne lecture, Brigitte !
réponse de : Koryfée (site web) le: 19/08/2007 11:17:24
Tu reviens quand, dis???
commentaire n° : 7 posté par : Mandor, président de la FAPM (site web) le: 26/08/2007 11:39:05
Me voilà "reviendue", Président (du verbe reviendre comme tu n'auras pas manqué de le noter ;-) ! Je ne pouvais pas manquer de célébrer comme il se doit mon auteur chouchou, à l'occasion de la parution de son dernier livre.
réponse de : Koryfée (site web) le: 27/08/2007 10:53:22

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