Lundi 27 août 2007

 

 

Jean-Philippe Blondel, c’est un auteur à part, de ces rares auteurs dont je lis et relis (dont je dévore fût plus exact) chacun des romans dans un bonheur croissant, happée par ses mots, sa sensibilité. Aussi, aujourd’hui, date de parution de son dernier-né « This is not a love song », j’ai désiré braquer les projecteurs sur ce romancier dont je suis définitivement koryfan, souhaitant faire de mon enthousiasme à son endroit une véritable pandémie.
 
Comment dresser un portrait de cet auteur ? Tout ce que je pourrai en dire ne sera qu’Un minuscule inventaire des transports que chacun de ses livres me fait connaître. S’il a l’art de se renouveler dans chacune de ses œuvres- et cette année à ce titre il frappe très fort -  il y a dans la mélodie de son texte une constante : un Juke-box qui nous interprète des mélodies d’une ineffable émotion, avec Accès direct à la plage sensibilité, authenticité, de la partition.
Dans ce dernier opus, Jean-Philippe Blondel récidive avec ce tour de force qui porte sa signature : celui de se fondre tel un caméléon dans la peau de ses personnages, de ressentir et de nous faire ressentir ce qui les anime, les blesse, les exalte, au point que l’on oublie qu’il s’agit d’une fiction. On se glisse entre les pages, on vibre, on VIT le récit au diapason des protagonistes et ce, longtemps encore après la fin de la lecture. Si Isaac Newton déplorait que les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts, Jean-Philippe Blondel est lui un grand bâtisseur de ponts, nous rappelant que nous sommes tous reliés les uns aux autres, que nous faisons tous partie de la même humanité : son pont d’encre et de papier accoste bel et bien sur notre rive, faisant de chacun de ses récits non plus une île mais une presqu’île reliée au continent des lecteurs.Pont que j’emprunte dans l’autre sens aujourd’hui pour le remercier et le féliciter. Passage du gué réussi !
 
 
… Comment ? This is not a love song est le sixième roman de Jean-Philippe Blondel, or vous n’en comptabilisez que cinq en caractères gras ?
Bravo ! C’était pour tester votre attention. Je le confirme, dans ce petit édito, je ne suis pas parvenue à glisser le sixième titre : 1979.
A présent, vous avez la bibliographie complète de cet auteur, et plus aucune excuse pour ne pas vous ruer sur ses livres. D’ailleurs, que faites-vous encore là, devant votre écran ? Vous devriez déjà être chez votre libraire !

                                                                                                Koryfée

 

 

This is not a love song

 



This is not a love song, de Jean-Philippe Blondel
Editions Robert Laffont, parution le 27 août 2007.
 
Non, ce n’est pas une histoire d’amour que nous livre ici Jean-Philippe Blondel, mais un récit plus virulent, plus dérangeant, plus sarcastique que ceux auxquels il nous avait habitués. Un roman qui étonne, détonne… et une fois encore séduit terriblement.
 
Vincent a quitté la France (« cette décharge d’illusions ») pour l’Angleterre afin d’échapper au destin de loser qui semblait tout tracé pour lui. De fait, en l’espace de dix ans, il  y est parvenu. Marié à une aristocrate anglaise, père de deux enfants, avec Le train bleu, son entreprise de « malbouffe de qualité », il est devenu quelqu’un de connu et de reconnu. Un self made man froid, intraitable, avec un compte en banque à la place du cœur. A son train, Vincent refuse d’accrocher les wagons du passé : il n’y a de place que pour une locomotive, lui, et le sort de ceux – famille, amis - qu’il a laissés avec mépris sur le quai de gare en France lui importe peu. Il fonce droit devant lui sans jamais se retourner. Jusqu’à ce mois de juillet où il revient passer quelques jours dans sa ville natale. Dans son esprit, il s’agit de  « revenir à la case départ. Mesurer le chemin parcouru. Se glorifier. Un petit stage d’autosatisfaction ».
Et c’est là que l’homme plein de certitudes voit sa cuirasse se fendiller. Il est devenu quelqu’un, certes, mais à quel prix ? Il a réussi socialement, certes, mais a t-il pour autant réussi sa vie ? Suffit-il de traverser la Manche pour pouvoir tourner la page ? Jean-Philippe Blondel nous appelle, nous interpelle. Et le lecteur de réaliser que Vincent 'vainc sans' vaincre : il s’est donné l’illusion d’avoir réussi. L’illusion seulement…
Une écriture fluide, percutante, des ruptures de rythme qui viennent donner toute leur force aux propos et bousculer notre conscience. Comme Vincent, le lecteur est dérangé dans ses certitudes, appelé à réfléchir sur le sens de sa vie.
Alors, oui, ce livre se démarque des précédents. Et pourtant, ce roman ressemble à ses prédécesseurs en ce sens que l’émotion vous prend à la gorge, que l’auteur encore une fois fait montre d’une capacité à se glisser dans la peau de chaque personnage, homme comme femme, avec une aisance et une justesse sidérantes. Un roman qui se VIT bien plus qu’il ne se lit.
 
Entre ce livre et moi, je le chante tout haut «This is a love song » !
Je vous le conseille ardemment.
Vraiment.
                                                                                                       
  
 
 
par Koryfée publié dans : Koryfan de ...
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