Dimanche 23 septembre 2007
A l’abri de rien , Olivier Adam
Editions de l’Olivier, août 2007.
« Comment ça a commencé ? Comme ça je suppose : moi, seule dans la cuisine, le nez collé à la fenêtre où il n’y a rien. » Ainsi commence le
monologue de Marie, l’héroïne de ce brillant roman. Marie est une funambule de la vie, un être à fleur de peau tenant en équilibre précaire grâce à l’ombrelle que constituent son mari et ses deux
jeunes enfants. Une vie déprimante dans un quartier pavillonnaire comme il en existe tant, où il ne se passe rien. Jusqu’au jour où, ayant crevé en chemin, un réfugié
kosovar vient à son secours. Choc de la rencontre. Confrontée à une souffrance sans aucune commune mesure avec la sienne, elle réalise qu’à deux pas de chez elle, ils sont des centaines comme lui
dont nul ne se soucie du sort, perclus de faim, de froid, traqués, errant dans l’espoir de pouvoir rejoindre clandestinement l’Angleterre. Des êtres dans le dénuement le plus total auxquels
jusqu’alors, elle n’avait pas prêté attention. La vie de Marie bascule. Cette prise de conscience violente rompt son fragile équilibre et la conduit à abandonner mari et enfants pour épouser la
cause de ces réfugiés, laquelle donne enfin du sens à sa vie. Et de leur offrir de son temps, de son argent, de son soutien, de s’engager totalement…au risque de se laisser dépasser… et de se
perdre.
La violence que la société inflige aux plus faibles, en l’occurrence ici les réfugiés de Sangatte, fait de ce livre un récit très engagé, montrant la volonté de
l’auteur de prêter parole aux sans-voix, de dénoncer l’aberration qu’il y a pour ces clandestins et sans-abri à se retrouver « coincés dans cette ville parce qu’on les empêche d’aller
ailleurs, traqués et harcelés avec une violence injustifiable parce qu’ils y restent »... Cette inhumanité qui frappe les plus démunis est l’affaire de chacun nous rappelle t-il. Ou comment
faire l’expérience du don et de la compassion.
Olivier Adam n’a pas son pareil pour explorer les failles des êtres, opérer avec une justesse chirurgicale à la mise à nu des sentiments, des émotions. Avec un
style parfaitement maîtrisé, fluide, rythmé, tendu, il nous happe et nous catapulte au cœur du récit dès la première phrase. Un roman dense, imagé, qui se lit au rythme d’une course, le cœur
serré.
Je vous le conseille ardemment. Un uppercut en plein coeur.
Ce roman présélectionné pour plusieurs prix dont le Goncourt, vient de se voir décerner le prix du « Premier Prix », récemment créé pour récompenser en
avant-première un roman de la rentrée.
Bibliographie :
Des vents contraires, Editions de l'Olivier 2009
A l'abri de rien, Editions de l'Olivier 2007
Falaises, Editions de l'Olivier 2005
Passer l'hiver, Editions de l'Olivier 2004
Je vais bien, ne t'en fais pas, Editions Pocket 2001
Informations pratiques :
Prix éditeur : 18€
Nombre de pages : 219
ISBN : 9782879295848
Oui, choc de deux mondes, de deux misères : la misère ordinaire et la misère absolue. On peut y voir à la fois un roman sur la vie d'une femme fragile, déprimée, cherchant à remplir le vide de son existence en se lançant à corps (et à cause) perdu(e) dans le soutien aux sans-papiers et un livre engagé qui pousse à la réflexion sur l'impasse dans laquelle la société conduit ces sans -papiers. Belle leçon d'altruisme et analyse psychologique des personnages très fine.
Oui, à lire incessamment !