Samedi 27 octobre 2007

 

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Existe en ciel, de Christine Spadaccini.
Editions MicMac, octobre 2007.
www.editions-micmac.com
           

           Christine Spadaccini. Un être d’exception, de ces êtres, rares, qui vous redonnent foi en l'être humain. Dire d'elle qu'elle est un écrivain de talent serait bien réducteur : la palette de ses compétences est infinie et comporte tant de gammes ! Ecrivain, poète, photographe, maquettiste (elle est l'auteur de cette magnifique  couverture d'Existe-en-ciel), musicienne, pour ne citer que ces domaines où dans chacun elle excelle, Christine Spadaccini est une artiste à part entière. Une artiste au sens noble du terme.

           D'une étincelle de bonheur elle fait un brasier. D'une larme, elle fait  un fleuve d'encre dans lequel elle noie les chagrins. D'une glaise-réalité difficile, elle modèle au couteau de sa plume une sublime sculpture. Un coeur éponge qui se gorge de la moindre émotion, mais jamais sur son sort ne s'apitoie, qui telle une balle toujours rebondit… et le nôtre emballe. Une fragilité forte. Une écorchée vive.
           Son style ? A son image : unique. Elle l’évoque dans « Terminaisons nerveuses », une des 13 nouvelles de ce sublime recueil : « Je préfère jongler avec les mots, sucer leur suc sémantique, les enchanter, bousiller leur sens, les détourner, les réinventer, les repêcher, fondus et faibles, sous le feu tragique des réalités, les caparaçonner d’histoires et de poésie, les mélanger, chercher la phrase, la bonne formule, jouer à « l’alchimot . (…) J’écris. Je crie. Je crée. Je marche dans la forêt des mots, j’y trace des sentiers je m’y enfonce, je m’y perds, j’y joue, j’y jouis. Et je rencontre d’autres personnes. Aucune ne me lit pareil, rien ne me lie à elles mais, soudain, parfois on se sent proches. » Oui, comme je me suis sentie proche de l’auteur et des protagonistes à la lecture de ces nouvelles bouleversantes, bouillonnantes, vibrantes ! Christine Spadaccini n’a pas son pareil pour créer un degré d'intimité rare entre le lecteur et les personnages, pour faire jaillir le grain d'universalité contenu dans ces blessures, ces sentiments que l’on croyait pourtant uniques car si intimes. Les amours déçus « Je ne t’aime plus », « Furieuse », « Pigalle et la fourmi », «  Miroir mon beau miroir… » l’indifférence, la cupidité et les désillusions sur la nature profonde des êtres « Pas le temps ! », « Lina et la vieille porte de bois », « Sylvie s’en va en guère », les tragédies de l’existence « A star is borgne », « Concerto pour la mineure », « Le rat de Laura », « un K-Way nommé désir », « Existe en ciel » l’auteur dresse à travers ces thèmes un constat lucide, amer mais jamais aigri sur l’être humain.
 
Je me suis engouffrée dans le sillage de ses mots, le cœur battant au rythme des pages, des embruns dans les yeux, des étincelles dans les prunelles, un arc-en-ciel sur l'âme. A ses personnages, funambules de la vie, j'ai d'emblée tendu mon ombrelle, désireuse de les aider à garder l'éqiilibre, les aimant au premier battement de cil, au premier battement de coeur, me reconnaissant en eux parfois... souvent même...
 
Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai dévoré.
 Je ne l’ai pas aimé, je l’ai adoré. 
Alors j’ai envie de remercier Christine Spadaccini, oui. Lui dire merci pour cet écrin d’émotion dans toutes ses acceptions qu’est "Existe-en-ciel" , pour ces joyaux que sont ces nouvelles, bijoux de sensibilité, de poésie, dont je me sens riche d’avoir l’âme désormais parée.
N’attendez pas. N’attendez plus. Jetez-vous sur ce recueil, lisez-le, relisez-le, offrez-le  ! Vous déclencherez ainsi une véritable pandémie de bonheur et d’émerveillement.

           Il "existe en ciel" un livre magnifique. Il existe sur terre un auteur d'un talent rare : Christine Spadaccini.


 
par Koryfée publié dans : Koryfan de ...
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Dimanche 23 septembre 2007

 

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A l’abri de rien , de Olivier Adam
Editions de l’Olivier, août 2007.
 
« Comment ça a commencé ? Comme ça je suppose : moi, seule dans la cuisine, le nez collé à la fenêtre où il n’y a rien. » Ainsi commence le monologue de Marie, l’héroïne de ce brillant roman. Marie est une funambule de la vie, un être à fleur de peau tenant en équilibre précaire grâce à l’ombrelle que constituent son mari et ses deux jeunes enfants. Une vie déprimante dans un quartier pavillonnaire comme il en existe tant, où il ne se passe rien. Jusqu’au jour où, ayant crevé en chemin, un réfugié  kosovar vient à son secours. Choc de la rencontre. Confrontée à une souffrance sans aucune commune mesure avec la sienne, elle réalise qu’à deux pas de chez elle, ils sont des centaines comme lui dont nul ne se soucie du sort, perclus de faim, de froid, traqués, errant dans l’espoir de pouvoir rejoindre clandestinement l’Angleterre. Des êtres dans le dénuement le plus total auxquels jusqu’alors, elle n’avait pas prêté attention. La vie de Marie bascule. Cette prise de conscience violente rompt son fragile équilibre et la conduit à abandonner mari et enfants pour épouser la cause de ces réfugiés, laquelle donne enfin du sens à sa vie. Et de leur offrir de son temps, de son argent, de son soutien, de s’engager totalement…au risque de se laisser dépasser… et de se perdre.
La violence que la société inflige aux plus faibles, en l’occurrence ici les réfugiés de Sangatte, fait de ce livre un récit très engagé, montrant la volonté de l’auteur de prêter parole aux sans-voix, de dénoncer l’aberration qu’il y a pour ces clandestins et sans-abri à se retrouver « coincés dans cette ville parce qu’on les empêche d’aller ailleurs, traqués et harcelés avec une violence injustifiable parce qu’ils y restent »... Cette inhumanité qui frappe les plus démunis est l’affaire de chacun nous rappelle t-il. Ou comment faire l’expérience du don et de la compassion.
Olivier Adam n’a pas son pareil pour explorer les failles des êtres, opérer avec une justesse chirurgicale à la mise à nu des sentiments, des émotions. Avec un style parfaitement maîtrisé, fluide, rythmé, tendu, il nous happe et nous catapulte au cœur du récit dès la première phrase. Un roman dense, imagé, qui se lit au rythme d’une course, le cœur serré.
Je vous le conseille ardemment.  Un uppercut en plein coeur.
 
 
Ce roman présélectionné pour plusieurs prix dont le Goncourt, vient de se voir décerner le prix du « Premier Prix », récemment créé pour récompenser en avant-première un roman de la rentrée. 

                                                                                                                                 Koryfée
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Lundi 27 août 2007

 

 

Jean-Philippe Blondel, c’est un auteur à part, de ces rares auteurs dont je lis et relis (dont je dévore fût plus exact) chacun des romans dans un bonheur croissant, happée par ses mots, sa sensibilité. Aussi, aujourd’hui, date de parution de son dernier-né « This is not a love song », j’ai désiré braquer les projecteurs sur ce romancier dont je suis définitivement koryfan, souhaitant faire de mon enthousiasme à son endroit une véritable pandémie.
 
Comment dresser un portrait de cet auteur ? Tout ce que je pourrai en dire ne sera qu’Un minuscule inventaire des transports que chacun de ses livres me fait connaître. S’il a l’art de se renouveler dans chacune de ses œuvres- et cette année à ce titre il frappe très fort -  il y a dans la mélodie de son texte une constante : un Juke-box qui nous interprète des mélodies d’une ineffable émotion, avec Accès direct à la plage sensibilité, authenticité, de la partition.
Dans ce dernier opus, Jean-Philippe Blondel récidive avec ce tour de force qui porte sa signature : celui de se fondre tel un caméléon dans la peau de ses personnages, de ressentir et de nous faire ressentir ce qui les anime, les blesse, les exalte, au point que l’on oublie qu’il s’agit d’une fiction. On se glisse entre les pages, on vibre, on VIT le récit au diapason des protagonistes et ce, longtemps encore après la fin de la lecture. Si Isaac Newton déplorait que les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts, Jean-Philippe Blondel est lui un grand bâtisseur de ponts, nous rappelant que nous sommes tous reliés les uns aux autres, que nous faisons tous partie de la même humanité : son pont d’encre et de papier accoste bel et bien sur notre rive, faisant de chacun de ses récits non plus une île mais une presqu’île reliée au continent des lecteurs.Pont que j’emprunte dans l’autre sens aujourd’hui pour le remercier et le féliciter. Passage du gué réussi !
 
 
… Comment ? This is not a love song est le sixième roman de Jean-Philippe Blondel, or vous n’en comptabilisez que cinq en caractères gras ?
Bravo ! C’était pour tester votre attention. Je le confirme, dans ce petit édito, je ne suis pas parvenue à glisser le sixième titre : 1979.
A présent, vous avez la bibliographie complète de cet auteur, et plus aucune excuse pour ne pas vous ruer sur ses livres. D’ailleurs, que faites-vous encore là, devant votre écran ? Vous devriez déjà être chez votre libraire !

                                                                                                Koryfée

 

 

This is not a love song

 



This is not a love song, de Jean-Philippe Blondel
Editions Robert Laffont, parution le 27 août 2007.
 
Non, ce n’est pas une histoire d’amour que nous livre ici Jean-Philippe Blondel, mais un récit plus virulent, plus dérangeant, plus sarcastique que ceux auxquels il nous avait habitués. Un roman qui étonne, détonne… et une fois encore séduit terriblement.
 
Vincent a quitté la France (« cette décharge d’illusions ») pour l’Angleterre afin d’échapper au destin de loser qui semblait tout tracé pour lui. De fait, en l’espace de dix ans, il  y est parvenu. Marié à une aristocrate anglaise, père de deux enfants, avec Le train bleu, son entreprise de « malbouffe de qualité », il est devenu quelqu’un de connu et de reconnu. Un self made man froid, intraitable, avec un compte en banque à la place du cœur. A son train, Vincent refuse d’accrocher les wagons du passé : il n’y a de place que pour une locomotive, lui, et le sort de ceux – famille, amis - qu’il a laissés avec mépris sur le quai de gare en France lui importe peu. Il fonce droit devant lui sans jamais se retourner. Jusqu’à ce mois de juillet où il revient passer quelques jours dans sa ville natale. Dans son esprit, il s’agit de  « revenir à la case départ. Mesurer le chemin parcouru. Se glorifier. Un petit stage d’autosatisfaction ».
Et c’est là que l’homme plein de certitudes voit sa cuirasse se fendiller. Il est devenu quelqu’un, certes, mais à quel prix ? Il a réussi socialement, certes, mais a t-il pour autant réussi sa vie ? Suffit-il de traverser la Manche pour pouvoir tourner la page ? Jean-Philippe Blondel nous appelle, nous interpelle. Et le lecteur de réaliser que Vincent 'vainc sans' vaincre : il s’est donné l’illusion d’avoir réussi. L’illusion seulement…
Une écriture fluide, percutante, des ruptures de rythme qui viennent donner toute leur force aux propos et bousculer notre conscience. Comme Vincent, le lecteur est dérangé dans ses certitudes, appelé à réfléchir sur le sens de sa vie.
Alors, oui, ce livre se démarque des précédents. Et pourtant, ce roman ressemble à ses prédécesseurs en ce sens que l’émotion vous prend à la gorge, que l’auteur encore une fois fait montre d’une capacité à se glisser dans la peau de chaque personnage, homme comme femme, avec une aisance et une justesse sidérantes. Un roman qui se VIT bien plus qu’il ne se lit.
 
Entre ce livre et moi, je le chante tout haut «This is a love song » !
Je vous le conseille ardemment.
Vraiment.
                                                                                                       
  
 
 
par Koryfée publié dans : Koryfan de ...
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